Chapitre
Bribes de vie
5
 
5
 

A ma mère

     A ma mère

     C’était une belle femme, grande pour sa génération, plantureuse vers la cinquantaine, le profil ibère marqué par son nez légèrement aquilin, ses cheveux et yeux noirs.

Elle avait le verbe haut, sa vie parisienne lui avait octroyé cette gouaille typique du quartier de la Villette. On pouvait la croire autoritaire et forte, mais, rapidement, sa bonté prenait le dessus et sa faculté à croire toute peine ou difficulté exprimée l’entrainait alors dans des actes de générosité souvent injustifiés.

Avec le temps je m’aperçois que je ne sais pas grand-chose d’elle.

     J’ai pourtant vécu près de vingt années auprès d’elle.

Seulement voilà, petit l’on se contente de cet amour maternel qui vous berce et vous protège de tout. Adolescent l’on se révolte contre tous les adultes y compris sa mère.

     A moitié adulte l’on découvre l’extérieur du nid familial, ses joies et ses chausses- trappes.

Mais jamais au grand jamais l’on ne s’appesantit sur ses parents, ils font partie de notre univers de notre quotidien c’est ainsi !

Il faut soi-même être parent pour s’apercevoir que l’on n’a pas connu sa mère et regretter amèrement, qu'elle ne soit plus là, pour enfin vous parler d’elle.

Elle qui toujours ne s’est souciée que de vous, a laissé de côté tous ses soucis, ses désarrois cachés, ses combats dans cette vie difficile de femme seule, elle qui n’a vécu que pour vous et que tardivement vous pensez à remercier alors qu’il est trop tard.

La pire des choses est le manque de souvenirs. Aussi loin que je puisse me projeter dans mon passé d’enfant je ne perçois que quelques bribes éparses sans relations apparentes sans continuité.

     La seule chose dont je sois absolument sûr c’est de son immense amour !

Je le sais, je l’ai toujours su, je l’ai toujours ressenti.

Et pire que tout, je n’ai jamais su lui dire, du moins avec toute la force et la conviction que cela méritait, que cet amour était totalement partagé.

      Je sais que ma mère se maria très jeune. Les raisons de ce choix me sont étrangères, j’ai cru comprendre que la vie au sein de la famille était rendue fort inconfortable par ma grand-mère.

Elle divorça d’ailleurs rapidement confirmant la thèse d’un mariage libératoire !

Le peu de sa vie dont je me souvienne tient aux récits qu’elle faisait parfois lorsque des chroniques ou des articles journalistiques parlaient de l’Italie.

     Alors elle décrivait l’œil allumé les beautés de Florence et surtout de Venise. Elle y avait vécu un peu plus d’un an ou deux ?

« Je l’entends encore bien des années plus tard me dire :Tu sais rené il faudra qu’un jour tu ailles admirer ces beautés »

     A cette époque elle vivait avec un médecin. Si l’idée de mariage se profila elle ne put aller bien loin, ce médecin était de religion juive et la famille ne souhaitait aucune mésalliance !

     Puis, au cours de son existence, elle pratiqua diverses activités. L’une d’entre elle fut la coiffure je crois, car elle souhaitait, juste quelques temps avant la déclaration de la guerre en 1936 ou 1937 ouvrir un salon de coiffure et avait donc à cet effet engrangé les capitaux nécessaires.

     Mais ma naissance remis tout en question et elle voulut se consacrer entièrement à mon éducation, elle cessa toute activité pour me voir m’épanouir.

La guerre fut déclarée seulement un an et demi après et ce pécule, déjà entamé, fut englouti pour nous assurer un minimum de bien être pendant ces années difficiles.

     C’est vers cette époque que je me remémore mieux les activités de maman, qui se mit à changer assez souvent de travail ou d’employeur.

Déjà la stabilité de l’emploi se faisait précaire si l’on approchait la cinquantaine sans qualification particulière.

L’une des activités qu’elle exerça me marqua plus que les autres car elle fut liée à une grande aventure.

Celle de Paul-Emile VICTOR qui créa les Expéditions Polaires Françaises (EPF), le 28 février 1947 et permit de réaliser en 1948-1949 la première de ces expédition polaires françaises en Antarctique, qui se déroula d'ailleurs sans lui!

Toute la préparation de cette expédition nous la vécûmes ma mère et moi au travers du conditionnement de tout le matériel. Les caisses surprotégées du froid et des intempéries s’amoncelaient dans les hangars. Chacune était étiquetée, répertoriée avec le plus grand soin, rien ne semblait être laissé au hasard. Ma mère était passionnée par ce travail et par les rencontres que les employés avaient avec Paul-Emile Victor !

Je compris bien plus tard l’enjeu de ces expéditions. Elles permirent l’implantation permanente de bases françaises en Arctique et en Antarctique.

Par la suite les petits boulots se succédant ne me laissèrent que le souvenir de labeurs durs et peu rémunérés, notamment celui du travail de confection à domicile où je vis maman se tuer à la tâche pour un revenu de misère. La paye s’effectuait à la pièce, après contrôle et décision sans appel à la remise du travail !

Je viens d’être muté à la base aérienne de DUGNY. Mon retour d’Algérie est occasionné par le très mauvais état de santé de ma mère.

En effet j’ai la confirmation qu’elle est en phase terminale et qu’il est plus que temps que je sois présent.

Mon premier contact avec elle à l’hôpital est déstabilisant.

     Tout est propre, clair, froid. Les murs lisses et dénudés sont de couleur bleu très pâle. Le mobilier est rare, une chaise, un lit surélevé, dont le piètement métallique est complexe.

Dehors le ciel uniformément gris, nous sommes en avril, renvoi cette lumière blafarde qui éclaire cette forme recroquevillée, perdue dans ce lit d’hôpital qui semble démesuré.

Elle est là, méconnaissable, décharnée, le visage déformé par la souffrance, les yeux inexpressifs, hagards. Les calmants ont faits leurs œuvres.

     Cette image est à la limite du soutenable.

     Où est passée cette belle femme un peu replète, attirante, au verbe haut et coloré ?

     Tout mon être refuse d’accepter cette vision. Cet être que je contemple de façon si détaché, je ne le connais pas, c’est une étrangère.

Je me sens effrayé à ressentir tant d’indifférence et pourtant je comprends que plus rien ne me relie à ce reste charnel.

J’en viens à souhaiter que cette vision de souffrance et de déchéance disparaisse rapidement.

     Je ne souffre pas, je ne pense plus, je ne suis plus ici et maintenant, je suis ailleurs !

Quoique l’on puisse faire dans cette vie nous sommes toujours seul de la naissance à la mort. Son masque de souffrance et de mort prochaine ne m’effraie pas, je reviens d’une région ou côtoyer la mort est malheureusement devenu assez habituel.

Peu à peu je suis pris d’une envie de m’étourdir de m’éloigner de cette souffrance que je sais, de ce visage torturé que je ne reconnais plus, je ne pense plus qu’à vivre, vivre intensément, comme pour nier cette vérité insoutenable, qui me rappelle avec force notre devenir !

Mais avant de m’éloigner, je ne sais pourquoi mes mains mal habiles triturent ce petit carnet que j’ai ramené d’Algérie, et, comme dans un état second je crayonne et fixe à la plume le visage ravagé par la maladie.

J’ai retrouvé ce petit carnet, les images ci-dessous en sont extraites.

     Je me demande encore aujourd’hui, sans le regretter, quelle force, quel besoin, quelle motivation, a conduit mes mains à fixer ces derniers instants de vie comme un geste d’amour inconscient.

     Elle fut belle et attirante. Des hommes elle en a connus. Mais parmi les Hommes de sa vie j’en ai surtout connu un, mon père !

     C’était un fort bel homme aux dires de ces dames, assez grand pour l'époque, ni mince ni gros, le cheveu châtain ondulé, les yeux bleus le regard à la fois enjôleur et froid, soigné de sa personne et toujours bien mis.

     Pour ma mère ce fut l’homme de sa vie, celui que l’on attend toujours et que l’on ne garde jamais près de soi.

     Ce gentleman était marié et avait un fils prénommé Serge. Il travaillait à Paris Electricité où il exerçait la fonction de caissier.

     De son métier lui restèrent des habitudes particulières : il lui fallait ranger de façon rituelle ses billets de banques tous bien alignés, prisonniers d’une solide agrafe et d’un élastique qui leur interdisaient tout mouvement.

     Il en allait de même de la petite monnaie bien à l’abri dans un étui de cuir, que l’on ne pouvait que partiellement entrouvrir et dont l’odeur faite des relents du cuir mélangés au parfum corporel de celui qui l’enfouissait dans sa poche, demeure après tant d’années encore très présente à mes narines.

     Cette fonction si prenante soit-elle ne décourageait absolument pas ce personnage de pratiquer une double activité puisque le soir venu nous le retrouvions à la vente des billets de théâtre du Vieux Colombier à PARIS.

     Double activité, double ménage serait-ce pour se prémunir de tous problèmes financiers ?

     Lucienne amoureuse, ne se préoccupait guère des problèmes matériels…

     Les années passèrent, les promesses aussi……….

     Lucienne en femme libre décide de faire un enfant presque toute seule, elle avait fait choix du géniteur.

     Peut-être avait-elle le secret espoir qu’un choix de vie pourrait intervenir à l’avenir?

     La trentaine passée elle n’était plus jeune pour un premier enfant. Pourtant elle le voulait cet enfant ! Les diagnostics contradictoires, les potions, les médications, puis le repos les trois dernier mois, voilà pourquoi elle allait le prénommé Désiré……..

     Etait-elle raisonnable cette décision ? Les nouvelles n’étaient pas encourageantes, à l’est de l’Europe le climatsentait à la guerre………

     Et puis fille mère cela n’allait pas faciliter l’emploi, ni les relations ! Lucienne était confiante en l’avenir, elle avait mis de l’argent de côté.

     Enfin elle aime ce géniteur, qui c’est vrai est marié, mais séduisant, beau parleur et assez libre de son temps….

     Alors à Paris fin Mai 1937, la rue d’Aubervilliers grouille de vie, l’atmosphère est moite, lourde à supporter, comme toujours en ville.

Les marchandes des quatre saisons devisent bruyamment :

     Mais oui mesdames cette laitue est la plus fraîche qui soit, regardez son cœur.

     Et mes carottes alors ! Tout est de première fraîcheur ici…………

     Le laitier sur le pas de porte de sa boutique a l’œil souriant devant tant de vitalité et de bonne humeur…….. Mais oui Louise on le sait tes légumes sont extras………….

     Lucienne sort de chez le laitier, se déplaçant lourdement le ventre déformé par cette grossesse touchant à son terme, le sac à commission rebondissant à chaque pas sur ses rondeurs.

     Elle le désirait ce bébé, il est temps, elle vient d’avoir 36 ans. Elle sait qu’elle va devoir affronter seule sa naissance, son éducation, son devenir……….

     Le boulevard de la Villette, dominé par le métropolitain aérien, gronde de bruits multiples véhicules, livreurs, commerçants, passants.

     L’entrée de l’immeuble est proche, quelques centaines de mètres et Lucienne se retrouvera sous le porche d’entrée du 234.

     Au passage il faudra saluer la concierge Madame Henriette. Bonjour Madame Henriette, avez-vous du courrier pour moi ? Non pas aujourd’hui Madame, pourquoi vous attendiez des nouvelles ?

     Pas spécialement, mais cela fait toujours plaisir un courrier de parents ou d’amis….

     Merci et bonne journée…………

     Maintenant, sur la droite de la cour intérieure, déjà visibles, les trois petites marches du couloir d’accès au bâtiment C. Ensuite l’épreuve des cinq étages est à affronter.

     L’escalier est relativement sombre, du rez-de-chaussée au premier étage pas de lumière naturelle, c’est seulement dans les niveaux supérieures qu’une clarté blafarde, provenant d’une minuscule courette intérieure, s’enhardie par demi-niveau, diffusant sa pleine puissance entre le quatrième et le cinquième.

     Les murs sont recouverts d’une peinture assez dégradée, de couleur marron foncé jusqu’à environ un mètre vingt du sol, puis d’un teinte d’un beige douteux jusqu’au plafond.

     Le sol est parqueté, son entretien réalisé avec des lavages prouve par sa couleur grise blanchâtre et son odeur de l’utilisation d’eau de Javel.

     A chaque palier le sac à provision est mis au sol, la respiration est courte.

     La rampe située à main droite est la bienvenue !

     Arrivée au cinquième et dernier étage, sur sa gauche, très proche de la dernière marche se trouve la porte de son logement.

     Elle ouvre sur un minuscule espace, Lucienne épuisée, s’assied sur l’une des chaises de la petite salle à manger. Ce logement est composé de trois pièces, une salle à manger, une cuisine et tout au fond la chambre. Il est bien éclairé par trois fenêtres donnant sur une large cour intérieure. Les voisins sont attentifs et serviables ils aideront Lucienne à se rendre à l’hôpital.

     Début Juin 1937 le 2 exactement rené aspire sa première bouffée d’oxygène entre les jambes de sa maman sous les hautes voutes arrondies de cette immense salle qui semblent écraser la vingtaine de lits alignés sous les fenêtres.

      Le sol dallé est propre, récemment brossé. Des odeurs de soupe et d’éther flottent.

     Ce binôme nouvellement créé devait durer 22 années sans discontinuer.

     Il paraît que c’était un joli bébé.

     Lucienne est heureuse c’est un fils !

     Je n’ai jamais vraiment connu mon père en tant qu’homme, j’étais trop jeune et ses présences étaient trop brèves pour que je puisse deviner son caractère, échanger des idées autres que les banalités habituelles que peuvent se dire deux étrangers.

Plus j’avançais en âge et plus inconsciemment je devenais désagréable avec lui.

     Pendant toute la durée de la seconde guerre mondiale ma mère a partagé son quotidien avec un nord-africain, un algérien je crois, dénommé Sédour, qui non seulement contribuait au ravitaillement de notre famille, mais assumait fort gentiment son rôle parental à mon égard. Je me souviens d’un homme très gentil avec les enfants, courageux dans ses actes et agréable avec ma mère.

A la sortie de la guerre, sans aucun souvenir précis je peux dire que j’ai découvert mon père !

     Bien entendu pendant une période, sans doute deux à trois ans, un peu avant les hostilités je l’avais côtoyé les photos en sont la preuve flagrante, mais je n’en ai gardé aucun souvenir.

     J’étais encore bien jeune et seul le milieu scolaire me rappelait à l’énoncé de mon nom que je n’avais pas de père officiel !

     Les surnoms de bâtard ou autre gentillesse que j'allais entendre plus tard, seraient plutôt l’apanage à venir de ma gentille famille.

Dans cette vie qui m’apparaît comme à séquences, n’ayant que des bribes de souvenirs sans véritables liens, je revois la présence de deux hommes qui ont un certain temps partagé l’existence de maman.

L’un était grand, rustre, beau gosse pour qui aime les solides gaillards, les yeux foncés le cheveu frisé devenant poivre et sel, le front court, le verbe haut, jouant les caïds de la pègre parisienne sans en avoir la véritable étoffe. Pour donner du sens à son aspect de dur il exhibait un pistolet colt de l’armée américaine qu’il avait trouvé ou acheté je ne sais où.

     Je m’en souviens d’autant que c’est grâce à lui que j’ai pu gagner mes premiers francs en allant faire les vendanges dans un vignoble dont son frère avait la responsabilité.

Ce vignoble se situait dans la région Nîmoise. J’avais environ quinze ans, c’était mes premières grandes vendanges. Le travail était pénible, je n’étais pas habitué à de tels exercices.

Il fallait se lever très tôt, aux environs de quatre heures et demi, avaler un solide petit déjeuner, composé de charcuterie, de haricots chauds, de pain de campagne, le tout arrosé au choix de boissons chaudes, café ou chocolat au lait ou de vin blanc.

A cinq heures tout ce petit monde montait dans la charrette tirée par un magnifique percheron et se rendait dans le vignoble. Là, commençait la coupe, le torse penché en avant, l’œil scrutateur à l’affut de la moindre grappille de raisin.

     Le chef de file creusait l’écart et gare à qui se laissait trop distancer, la remarque cinglante arrivait, accompagnée d’une aide et de la vérification de la bonne exécution de la coupe en aval.

     Ce rythme soutenu se poursuivait jusqu’à dix heures, heure sacrée du casse croûte.

A midi pile, retour en charrette à l’exploitation où nous attendait un solide repas. Le soleil du midi continuait à dispenser ses bienfaits aux grains encore en place avec une telle ardeur que nous n’envisagions de sortir de la fraîcheur relative de la salle à manger ou de l’une des nombreuse autres pièces de cette maisonnée qu’à partir de quatre heures de l’après-midi.

De quatre heures jusqu’à neuf heures dans la soirée l’activité reprenait de plus belle et semblait s’accélérer avec la fraîcheur naissante de la fin d’après-midi.

Nous pouvions nous délecter d’autant de raisin que nous le voulions, mais après une nuit passée à courir de la chambre aux toilettes, nous renoncions de nous-mêmes à ces délicieuses grappes gorgées de jus. Enfin après environ trois bonnes semaines de travail arrivait la fête de la fin des vendanges, avec ses traditions, dont l’une d’entre elle consistait à choisir parmi les vendangeurs la plus jeune fille et le plus jeune garçon et à les barbouiller de raisin sur tout le corps après avoir pris soin de les avoir mis à nu comme des vers et jetés ensemble dans la charrette toujours emplie de raisin.

Je fus cette année-là le plus jeune garçon !

Le lendemain de cette mémorable soirée la fête se prolongeait par un repas digne des festivités décrites dans « ASTERIX ». C’est à cette occasion que je reçu la plus belle gifle de ma vie.

Il faut avouer que je ne portais pas particulièrement dans mon cœur le frère de l’ami de ma mère. En effet celui-ci m’avait profondément outré par son comportement à l’égard du gros percheron. Celui- ci ne lui obéissant pas assez vite à son gré, il l’avait frappé violemment avec son ceinturon de cuir jusqu’à le faire tomber au sol, où, il continua de s'acharner sur la pauvre bête.

     Alors, lorsqu’à table il entonna de sa belle voix de ténor, le buste gonflé d’orgueil, l’œil suffisant toisant les demoiselles présentes, ce refrain dont je me souviens encore quelques mots : « et l’écho répond » je dis à voix haute et très intelligible : « ta gueule et con ! ».

La sanction fut immédiate, car j’étais assis presque en face de lui, ma tête fut secouée violemment, ma vue se brouilla, et penaud je retins le mieux que je pus mes larmes sans pour autant prononcer la moindre excuse.

J’ai parlé de deux hommes, l’autre était plus jeune que ma mère avait l’air d’une petite frappe et semblait fort peu intelligent. En dehors de son buste musclé et de ces biceps proéminents rien en lui ne m’est vraiment resté en mémoire, si ce n’est qu’il fut le dernier homme reçu à la maison par ma mère.

En dehors de ces parenthèses de vie, je voyais mon père de temps à autre, il venait à la maison ou nous le rencontrions en d’autres lieux. Ces situations complexes et chaotiques je n’ai jamais pu les élucider car je n’osais pas ou ne souhaitais pas aborder ces sujets avec maman.

Je remarque que je viens d’écrire maman pour la seconde fois.

Il y a si longtemps qu’elle a disparu que j’ai perdu ce reflexe si naturel.

     Ce mot je l’ai utilisé au bénéfice de ma belle-mère, sans doute pour combler ce vide, cette absence.

Mon père, qui pour diverses raisons, n’a pas été présent à notre mariage, ne nous a même pas offert un bouquet de fleurs à cette occasion.

     Josiane, mon épouse et moi-même n'avons pas apprécié son manque d'intérêt lors des naissances de nos filles.

Il ne fera d’ailleurs aucun effort pour les connaître.

     C'est pour nos enfants que nous créerons de toute pièce, une rencontre, lors de vacances scolaires à proximité de Ségur le Château. Elles découvriront alors leur grand-père paternel, qui tout en accusant plus de 80 ans avait vigueur et fraîcheur qu’aujourd’hui encore je lui envie.

C'est bien plus tard que nous revînmes à Ségur le Château, car convaincu que mon père était maintenant décédé, j'avais envie d'en connaître la date, et, si possible voir mon demi-frère.

     Qui sait nous aurions pu peut être nouer une relation?

Mais en cette année 2013 tous deux n'était plus de ce monde, seule la femme de mon demi-frère y résidait encore très rarement.

     Et après quelques tentatives infructueuses pour prendre contact avec elle je pris le parti de renoncer.

      Maintenant en relisant ces quelques lignes je sais que je n’ai pas vraiment connu ma mère et que j’ai regretté une présence paternelle.

N'hésitez pas à laisser un commentaire...