Chapitre
Bribes de vie
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La rencontre

     La rencontre

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Je savais que les modestes moyens financiers de ma mère la contraignaient à ces extrémités.

     Elle se privait de tout pour que je puisse apprendre et réussir ma vie grâce à l’éducation qu’elle mettait à portée de ma main et que je ne sus ou ne pus transformer en un réel succès.

Mes exploits scolaires étaient d’une telle médiocrité qu’il était vraiment temps de cesser d’user mes fonds de pantalon sur les sièges du collège.

Travailler à 18 ans en 1955 c’était quoi ?

     L’inconnu, l’aventure, un jeu ?

Tout cela à la fois. L’emploi était là qui vous attendait, la demande patronale était forte, l’économie en plein essor. Cela tombait fort bien car je ne savais rien faire en particulier et il fallait faire rentrer de l’argent au foyer sous peine de pauvreté extrême.

     Comme je ne savais rien faire je pouvais tout envisager !

Mon père qui travaillait comme caissier dans une agence d’électricité de France, m’aida à pénétrer dans cette Entreprise Nationalisée, par le biais d’une de ses connaissances syndicales, qui, quoi que d’un niveau hiérarchique élevé, le tenait en amitié. Quels rapports exacts les liaient ? Je ne le sus jamais.

C’est ainsi que je débarquais aux Œuvres Sociales d’EDF et GDF en 1955.

Je fis mes premières armes comme grouillot, les activités que l’on me confiait ne me paraissaient nullement dégradantes et je me souviens de ce que ma mère m’avait appris : Il n’y a pas de sot métier il n’y a que de sottes gens.

La vie active fut abordée comme un jeu, il est d'ailleurs regrettable que je n’ai pu conserver ce même état d’esprit plus tard.

     Il faut dire qu’à 18 ans un rien vous amuse. Mon travail consistait à entretenir en bon état de fonctionnement, les lavabos obstrués régulièrement par ces demoiselles et leur longs cheveux, les tapis des escaliers déchirés et dangereux, et tout petit souci survenant que ma chef jugeait de ma compétence, et oui c’était une dame et pas n’importe laquelle, une maîtresse femme, pas commode du tout.

La soirée était un régal nous allions à deux jeunes porter le courrier à la poste dans un magnifique chariot en osier, déformable à plaisir, instable comme pas deux et qui terminait souvent sa course dans le caniveau avant de parvenir à sa destination. Nous le traînions au bout d’une cordelette, qui, dans les virages pris un peu brutalement, lui donnait un surcroit d’accélération que ne pouvaient supporter les pauvres roulettes de son châssis.

Quelques temps après la responsabilité de la machine à stencil me fut attribuée. Vive l’encre et le papier. Ayant brillamment réussi ce test je devins par le miracle d’acquisition de matériel et de besoins réels d’impression, imprimeur sur machine offset 4 couleurs.

Ce statut privilégié nous permettait de gouter aux « charrettes » (horaires dépassés et décalés) que la nécessité des délais de parution nous imposait.

     De cela je tirais plusieurs satisfactions :

La première fut de procéder à un pointage à 5 heures du matin de tous les employés qui ne devaient être présents qu’à partir de 8 heures.

La seconde de bloquer la pointeuse en obstruant l’orifice de pointage à l’aide de chewing-gum.

Enfin la dernière de mettre en panne les ascenseurs en ouvrant les contacts à roulettes dans les étages aux heures de prise de travail ou de départ. A cette époque les cages d’ascenseurs étaient simplement barreaudées et l’accès au matériel de contact d’une simplicité enfantine.

Plus sérieusement l'argent si nécessaire au foyer était enfin là! Maman pouvait enfin envisager plus sereinement l'avenir!

Je compris assez rapidement, que le métier d’imprimeur ne remplirait pas ma vie. Je pris conscience, un peu tard que mon brevet d'études ne me servirait à rien car très insuffisant!

     Cela fait déjà quelque mois que je joue les apprentis grouillots de service lorsque je vois sur la rotonde du 3

ème étage de cet imposant bâtiment une chevelure flamboyante, qui, la jeune personne étant assise, se prolonge jusqu’à l’assise de son siège.

Eberlué je n’ai qu’une idée en tête voir le côté face de cette jeune femme. La tête est légèrement penchée en avant, le buste suit, devant elle des papiers attirent son attention, elle n’a pas remarqué mon manège.

Je suis conquis, et après l’avoir copieusement dévisager, à son insu, je retourne à mes responsabilités de stagiaire.

     Peu de temps après je trouve un prétexte pour ressortir et repasser par cette fameuse rotonde.

     Je vais utiliser ce manège à plusieurs reprises, mais l’apparition n’est plus là je cesse mes allées venues.

     Je me promets si je la revois de tout tenter pour attirer son attention, encore faudrait-il qu’elle revienne.

Elle est revenue, engagée elle aussi comme stagiaire. Je n’ai de cesse de me trouver proche d’elle à la cantine, d’attirer le plus discrètement possible son attention (du moins je le croyais) et avec la ténacité qui m’habite, le hasard aussi, je finis par la côtoyer.

C’est l’époque du style Brigitte Bardot, décontraction et sensualité, pour moi elle est tout cela à la fois avec en plus un air réservé qui lui va à ravir.

     Je me demande encore aujourd’hui ce qui à pu la séduire en moi.

     Elle m’avoua plus tard que son type d’homme était du style :

grand, brun, les yeux marrons, (sans doute intelligent et réfléchi, adulte quoi).

Lorsque nous avons fait connaissance j’étais de taille moyenne, châtain clair, une couleur d’yeux indéfinissable marron, jaune, vert, bizarre et j’avais dans la tête l’équivalent en maturité d’un gamin de 14 ans environ.

Je n'avais donc pas le profil ad hoc, mais je possédais une botte secrète, je pratiquai le hockey sur glace et je tenais donc très bien sur des patins. Mon futur beau-père avait offert à chacune de ses filles une magnifique paire de patins dits "FIGURE".

Ces demoiselles avaient peu pratiqué ce sport. Je jouais le rôle de moniteur très attentionné.

     Il se dit que « l’amour est aveugle », dans ce cas cela s’est vérifié.

     Se profilait à l’horizon mes 20 ans et le Service Militaire !

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