Chapitre
Mercurian Rhapsody
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Prologue

     Prologue

     Un mois. Un long mois de silence. Cela fait déjà un mois…

     L'Hermès. Une merveille de technologie, un concentré de ce qui se fait de mieux en matière de recherche aérospatiale. Moteurs, protection, pilotage… Tout a été conçu pour faire de la première exploration humaine sur Mercure une réussite totale. Les équipements lourds attendaient déjà la petite cinquantaine de colons sur place, et ils n'auraient plus qu'à prendre possession de la base que les rovers américains et chinois auront construite il y a de cela vingt mois. C'est le travail de plusieurs années de coopération internationale entre les deux mégapuissances terrestres, le fruit de milliards de dollars investis vers cette course à la planète du messager. La lourde masse de métal et de polymères filait dans l'espace, comme poussée par le courant d'une rivière cosmique, vers un nouveau havre, la planète du dieu aux chausses ailées… Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que la mission de colonisation numéro 1 s'appelle Messenger.

Il devait rester encore quatorze mois de voyage à l'Hermès avant d'atteindre sa destination, un peu plus… Et ils n'en étaient qu'à trois, Vénus n'était même pas encore en vue. Mais qu'à cela ne tienne, il y avait à bord du vaisseau très largement de quoi vivre et survivre tout ce temps.

     La petite société d'expatriés formait une communauté heureuse et enthousiaste, leur cœur vibrant d'excitation à la même fréquence que les parois du vaisseau sous l'effet de la poussée des lourds réacteurs à fission.

Soudain, la panique. Les cris, les alarmes, les pleurs, la course effrénée, le sang… la mort, surtout. Dans les couloirs, il y eût une cohue absolument terrifiante, tandis que les passagers regardaient leur santé mentale se liquéfier au fur et à mesure que les morts s'accumulaient. Tout le vaisseau était en train de se saborder et de se débarrasser de ses occupants, en coupant les réserves d'oxygène et d'eau bien sûr, mais cela aurait pris trop de temps. Non, le plus terrifiant, c'était les rovers qui s'animaient lentement, mais surtout, surtout, les portes qui s'ouvraient et se fermaient de la manière la plus diabolique qui soit. Dans les hauts-parleurs, un rire féminin en boucle, encore et encore, tandis que les corps étaient éjectés dans l'espace sans sommation, ou écrasés par les mâchoires d'acier des portes automatisées. Le commandant Shao Huinkangye courait à travers ce dédale de mort avec son équipe, qui se clairsemait sous les lasers des rovers et les portes qui se fermaient. Ce ne fut que grâce aux réflexes d'Arnold Valentine, un des militaires du vaisseau, qu'elle put rejoindre, avec quatre autres compagnons, un module d'exploration. L'éjection fut immédiate devant ce carnage : en sa qualité de commandante de cette mission, Shao avait voulu sauver un maximum de personnes, mais attendre plus longtemps aurait été suicidaire, avec les tirs des rovers qui auraient pu endommager le module. Sans parler de ce dont l'IA était capable…

C'était évidemment la seule raison valable : une anomalie dans le fonctionnement de l'intelligence artificielle qui guidait le vaisseau et ses occupants. Freddie avait été conçu spécialement pour rendre ce voyage possible – et agréable : c'est une des IA les plus autonomes et humaines jamais conçues jusqu'à présent. Qu'il pût décider de son plein gré l’annihilation des colons, c'était inconcevable. Quelque chose avait dû se passer, et quelque chose de gros. Ce pouvait être un simple dysfonctionnement de certains modules logiques qui auraient entraîné une longue chaîne de cause à effet sur tous ses paramètres. Ou un piratage, peut-être. L'un semblait aussi absurde que l'autre.

La dernière à être entrée dans le module était Selena Highgarden, une experte en communications, précédant Alexei Roy, un des ingénieurs en aérospatiale. Dans la capsule se trouvaient déjà Shao, Arnold, ainsi que deux autres personnes : Edna Stern, ingénieure en informatique, qui, le pied à peine posé dans la capsule, s'était précipitée sur les claviers avec un sang-froid impressionnant, et Luis Perez, un logisticien grâce auquel ils purent calculer en quelques instants leurs besoins en eau, nourriture, matériel… sur le trajet menant à leur porte de sortie.

Un mois, donc, qu'ils s'étaient échappés de la masse désormais terrifiante de l'Hermès, qui était encore occupé à vomir des êtres humains tous azimuts par ses sas alors qu'ils s'en éloignaient, jusqu'à ce qu'apparaisse sur un des écrans du module d'exploration le funeste glas :

une boule de feu colossale, religieusement silencieuse, occupa une partie de l'espace, alors que l'IA avait finalement trouvé le moyen d'endommager les réacteurs, avant de s'éteindre telle une supernova précoce et meurtrière. Le silence était plus pesant que le vide sidéral n'aurait dû le permettre.

Dans une précipitation mécanique, chacun avait pris ses fonctions dès la capsule éjectée : Edna continuait de faire danser ses doigts sur les claviers, Selena avait chaussé un casque et émis simultanément des S.O.S vers la Terre et des appels vers les autres modules de survie et d'exploration. De son côté, Luis entreprît d'explorer avec Arnold et Alexei les ressources de ce vaisseau. Shao, quant à elle, garda le regard dans le vague. Ses pensées n'étaient plus qu'un magma dans lequel elle s'empêtrait, un océan visqueux de possibilités, de « et si », de culpabilité et de peur. Elle était jeune. Très jeune, même, pour être commandant de mission.

     Pourtant, ses capacités exceptionnelles l'y propulsèrent, et elle en était fière. Mais aujourd'hui, elle n'était pas plus capitaine que tous les malheureux morts – par sa faute – en train de dériver dans l'espace, à des milliers de milliers de kilomètres du sol le plus proche. Et eux-même n'étaient mieux lotis que par la présence d'un cercueil volant autour d'eux. Quel espoir restait- il ?

Les trois femmes ne pipèrent mot, en dehors des réguliers appels implorants de Selena, avant que les explorateurs ne reviennent. « Vous allez bien, capitaine ? » Loin de la calmer, la voix aux accents chantants de Luis fit éclater en sanglots la jeune asiatique. « Hey, on va s'en sortir cap' ! Le trajet retour sera un peu plus long, mais on a assez de ressources pour rentrer sur Terre ! Les systèmes de recyclage sont opérationnels, les impulseurs également, tout est impeccable d'un point de vue technique ! Nous avons 6 mois d'autonomie, un de plus que ce qu'il nous faut avant d'atteindre l'ISS-2 !

- Il dit vrai, capitaine. Nos vies ne sont pas en danger, et nous ne pouvons plus rien pour les autres. Nous ne leur ferons pas honneur en nous morfondant ici. Chacun de ces hommes et de ces femmes savait qu'il risquait sa vie. Notre meilleure manière de leur rendre hommage, c'est de faire un rapport sur Terre à la Corporation Spatiale Transatlantique. »

Arnold effrayait par son pragmatisme, mais il disait vrai. Shao savait qu'il avait déjà vécu ça, grâce au dossier qu'elle avait lu attentivement : l'escouade qu'il menait en Israël il y a quelques années de cela s'était faite écraser par le pilonnage de feu aérien… Seul rescapé de cette mission, il n'a jamais souhaité reprendre un commandement. Il semblerait que l'histoire se répète pour Arnold.

     Ici un murmure, là un acquiescement, tous manifestèrent timidement leur accord. La voix d'Edna brisa ce brouhaha silencieux : « Je viens de ratisser de fond en comble les fichiers, votre intuition était bonne cap' : l'IA des modules d'exploration est sauvegardée séparément de celle de l'Hermès, ce qui signifie…

-  … que Freddie est de retour ! s'exclama une voix de synthèse. Plus neuf que jamais ! La situation recommande que vous alliez voir un des psychologues du vaisseau pour éviter tout traumatisme, euh... »

Pour peu qu'un robot puisse balbutier et laisser sa voix se noyer dans la contemplation de l'énormité qu'il venait de proférer, c'est ce qui se passa avec Freddie.

« Nous sommes seuls, Freddie, jugea utile de préciser gravement Selena.

- Ses sauvegardes sont comme au premier jour, pas la moindre trace d'un quelconque logiciel tiers, d'un virus ou d'un fichier endommagé. C'est bien à Freddie que nous avons affaire.

- Génial. », grommela Alexei qui ne portait pas particulièrement l'IA dans son coeur, surtout après les événements récents…

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TOUR DE TABLE

« Chers joueurs, vous êtes les rescapés de ce naufrage spatial, un mois après l'incident.

     Votre objectif est, conformément à ce qui est inscrit sur votre fiche de personnage, de rentrer sur Terre faire votre rapport. La situation psychologique de chacun s'est stabilisée, vous commencez donc avec vos points de santé mentale et physique à leur maximum. Des questions ?

Bien. Tout le monde a eu le temps de regarder sa fiche de personnage ? L'aventure peut commencer : qu'ont fait vos personnages lors de ces premiers jours de vol à bord du module ? »

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