Chapitre
La Source
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Roissy

     Chapitre 3

     Aéroport de Roissy CDG, il est neuf heures, Pierre et Melo viennent de descendre du TGV en provenance de Lyon avec leur deux gros sacs à dos.

     Ils doivent maintenant retrouver le reste du groupe dans l'aérogare numéro 2E. Ils sont une quinzaine à avoir choisi ce périple, organisé par un site spécialisé, ils sont tous fanatiques de ski extrême et ils ont pu faire connaissance au travers d'Internet dans les mois qui ont précédé le voyage mais, ne se sont jamais rencontrés. Ils sont français, italiens, canadiens, norvégiens et anglais, la langue anglaise sera donc de rigueur durant ces dix jours au grand dame de Melo qui ne maîtrise pas vraiment la langue de Shakespeare.

     Le programme est bien chargé, l'arrivée est prévue à Volgograd où le petit groupe va passer la soirée puis vol intérieur le lendemain jusqu'à Mineralnye-Volny et minibus jusqu'à Terskol en plein dans le Caucase et au pied des montagnes dont le Mont Elbrouz qui culmine à plus de 5600m.

     Terskol est un peu le Chamonix russe dans le sens où il s'agit d'une station de ski proposant des hébergements toutefois confortables sans égaler, bien sûr, le luxe de la cité du Mont-Blanc…

     Il est dix-neuf heures et, le petit groupe arrive enfin à Terskol après plusieurs heures de minibus sur des routes enneigées mais somme toute dégagées et praticables. La station de Terskol est sous la neige et on a du mal à s'imaginer le décor tant la petite ville est mal éclairée, on aura la surprise demain matin matin pensa Melo. L'hôtel à l'air sympathique, du moins à en juger par la devanture qui paraît très correcte pour ce trou perdu au milieu du Caucase. Le petit groupe descend du minibus et s’engouffre dans le petit hall décoré façon chalet à la française.

     Une fois la remise des clés des chambres effectuée, l'organisateur du voyage procéda à un petit briefing et rappela que la journée du lendemain était dédiée à une marche vers un un refuge situé plus haut dans la montagne et depuis là seraient organisées les premières descentes à ski.

     Tous le matériel était déjà sur place, cela faisait partie du package vendu par ce tour opérateur. Melo s'y voyait déjà, dévalant à mono-ski des pans de montagne complètement vierges dans une poudreuse si légère que l'on se croirait en train de voler. Sa grossesse ? Elle n'y pensait plus depuis qu'elle avait quitté Lyon et, de toutes façons, elle était là, bien présente et prête à affronter les plus belles pentes d'Europe. Pierre et Melo ne mirent pas longtemps à s'endormir dans leur petite chambre sous les toits, il faut dire que depuis deux jours ou presque ils enchaînaient avion et bus pour atteindre cette folle destination, au milieu de nulle part. Les autres membres du groupe devaient être dans le même état car aucun bruit ni chuchotements ne se faisait entendre dans le couloir qui donnait sur les chambres qui avaient été allouées à tous les membres.

     Le lendemain matin, le petit déjeuner russe était prêt dans la grande salle à manger de l'hôtel, la table était très joliment dressée et Melo compris très rapidement, et avec une joie non dissimulée, que le petit déjeuner russe était plus sucré que salé, elle avait une sainte horreur des petits déjeuners salés où l'on sentait le graillon et la friture des œufs ou du bacon. Sur la table étaient dressées de jolies assiettes avec de la confiture, des Vareniki – des raviolis sucrés - des Sirniki – des croquettes au fromage blanc – du miel et une sorte de pancakes qui ne demandaient qu'à être dévorés. Melo avait une faim de loup, elle goûta à tout, repris deux fois du café et alla même jusqu'à finir l'assiette de Pierre qui avait vu un peu trop grand.

- Eh bien ma Chérie, tu as un appétit d'ogre aujourd'hui ! Lui lança Pierre.

- Tu as vu le temps par la fenêtre, ce n'est pas terrible et j'ai bien peur que notre petite ascension vers le refuge va nous coûter quelques calories. Il faut bien prendre des forces non ?

     Effectivement, le brouillard était tombé ce matin-là sur Terskol et on y voyait pas à vingt mètres, la température était descendue à -10° ce qui présageait une montée vers le refuge assez sportive ! Une fois bien équipé, le petit groupe s'ébranla vers un chemin de montagne, guidé par un montagnard local qui connaissait le trajet comme sa poche et qui baragouinait quelques mots d'anglais. Le guide n'arrêtait pas de dire que le temps allait se lever et que le brouillard allait rapidement se dissiper mais, cela faisait plus de deux heures que le petit groupe marchait désormais et toujours dans la même purée de pois !

     Au moment même ou Melo commençait à désespérer de cette météo médiocre, le petit groupe franchit une crête et s'arrêta brusquement, subjugué par le décor qui se présentait face à eux. Un décor géant fait de pitons et de pointes rocheuses complètement enneigés et majestueux, plus une once de brouillard et un contraste éblouissant !

- Tu vois Pierre, ça c'est du grand panard ! Lança Melo en direction de son compagnon qui se trouvait juste derrière elle.

     C'est exactement cela que Melo était venu chercher ici, un décor gigantesque, à en couper le souffle et pas âme qui vive contrairement aux pentes du Mont-Blanc qui ressemblaient dorénavant plus à une colonie de vacances pour skieurs amateurs en folie qu'à des montages sauvages et encore vierges de toutes traces de glisse.

     Le guide indiqua au groupe que le refuge n'était plus très loin désormais et qu'il y en avait pour encore une petite heure de marche environ mais que pour l'instant c'était l'heure de la pause. En haut de cette crête où attendait un des organisateurs pour y casser une petite croûte, une légère bise soufflait et Melo se blottit contre Pierre comme un poussin le ferait avec sa maman poule. Pierre, ce gaillard d'1m90, n'avait pas grand-chose à faire pour protéger sa petite Melo qui faisait, au bas mot, 20cm de moins que lui.

     Ses bras l'entourait comme s'il s'agissait de leur premières étreintes et Melo fut pris d'un certain sentiment de lâcheté. Pourquoi avoir caché sa grossesse à Pierre ? Lui qui serait tellement heureux d'avoir un petit gars ou une petite princesse… N'aurait-elle pas pu remettre à plus tard ce voyage ?

     Melo n'eut pas vraiment eu le temps de s'enfoncer un peu plus dans ses remords que le petit groupe repartait déjà, en direction du refuge. Le refuge était composé de deux grandes pièces, la première non chauffée qui était réservée à l'entreposage du matériel et des sacs au dos et la deuxième ressemblait à un dortoir avec, en son centre, un magnifique poêle à bois qui procurait une chaleur bien méritée aux montagnards qui n'avaient pas chômés pour arriver jusque-là.

     Il n'y avait pas de descente à ski prévue aujourd'hui, il était déjà tard et la nuit n 'allait pas tarder à pointer le bout de son nez. Il ne restait plus qu'à s'occuper en attendant le repas du soir que les organisateurs avaient concocté. Melo n'avait pas vraiment eu l'occasion de faire bien connaissance avec les autres membres du groupe, faute à son anglais plus que sommaire certainement. Pierre, quant à lui, avait déjà liés certains liens avec les autres membres et plus particulièrement avec ce couple de canadiens qui venait de Toronto et qui, bien évidemment étaient des fondus de glisse tout comme lui.

     Melo commença, sans bien que mal, à entamer la discussion avec la jeune italienne mais son manque criant de vocabulaire anglais fit tourner cette conversation au plus court. Melo partit alors s'allonger sur une des couchettes du refuge car de toutes façons un petit mal de tête commençait à pointer le bout de son nez, sans doute dû à l'altitude pensa t-elle. Melo s'endormit en quelques secondes.

- Melo, Melo, réveille toi je t'en supplie ! Cria Pierre assis à côté du brancard où Melo était désormais dans un sommeil profond depuis douze heures déjà.

     Il y a eu un problème au refuge avec le poêle à bois et l'intégralité du petit groupe a été intoxiqué au monoxyde de carbone. C'est un des organisateurs, chargé d'amener le repas du soir, qui a donné l'alerte. Le groupe au complet a été redescendu par hélicoptère dans la station de Terskol et la plupart d'entre eux sont désormais dans le centre de soin de la station. Seule Melo est pour l'instant toujours endormie malgré l'apport d'oxygène que lui procure le petit centre de soin de la station. D'après le médecin sur place, son état n'est pas grave dans le sens où tous les autres membres du groupe ont déjà récupéré en partie mais ce qui est sûr, c'est que l'aventure s'arrête-là pour tout le monde.

     L'organisateur était présent et faisait preuve d'un professionnalisme sans faille tentant d'organiser un rapatriement rapide vers Volgograd ou tous les membres du groupe pourraient bénéficier d'un check-up complet avant d'être rapatriés sur Paris.

- Melo, Melo, réveille-toi de grâce ! Dit Pierre encore une fois.

     Melo ouvrit un œil et arracha le masque à oxygène d'un geste machinal comme si c'était ce dispositif qui lui empêchait de respirer profondément.

     Elle pris une grande inspiration et d'une voix à peine audible demanda à Pierre ce qui s'est passé. Pierre lui raconta la mésaventure et l'incident du poêle à bois et la rassura sur son état qui, d'après le médecin sur place n'était pas grave dans le sens où la dose de monoxyde de carbone absorbée n'avait pas été trop importante. Pierre indiqua également à Melo qu'ils allaient rapidement être rapatriés sur Volgograd à des fins d'examens complémentaires.

- Alors, le ski c'est fini ? Murmura Melo.

- Oui, dit Pierre c'est fini mais ce n'est que partie remise, le principal est que tu ailles bien désormais…

     Melo ferma à nouveau les yeux alors que le médecin qui se tenait à son chevet pris le soin de lui remettre son masque à oxygène, ses constantes étaient désormais bonnes et Melo était tirée d'affaires. Le rapatriement sanitaire s'organisa dans la foulée et, quelques heures plus tard, Melo se trouvait dans une chambre à l’hôpital principal de Volgograd, en compagnie de la jeune italienne qui, elle aussi, était dans un état nécessitant encore une bonne surveillance alors que les autres membres du groupe avait été regroupés dans un hôtel non loin de là, leur état ne nécessitant plus aucun suivi.

     Pierre était bien sûr au chevet de Melo tout comme le mari de la petite italienne, un nommé Luigi, lui aussi un grand gaillard de plus d'1m80.

     Melo était désormais bien éveillée, elle avait toujours l'impression qu'un TGV passait dans sa tête toutes les cinq minutes mais cela devenait supportable au point qu'elle puisse entamer une discussion avec Pierre.

     Melo indiqua alors à Pierre qu'elle « pensait » être enceinte et demanda à Pierre qu'il se renseigne auprès des docteurs de l'hôpital sur les conséquences possibles de cette intoxication. Pierre n'eut même pas eu le temps de bien comprendre ce qui lui arrivait et sortit de la chambre afin de trouver un docteur parlant un peu l'anglais. Melo eut le droit à une nouvelle prise de sang afin que les médecins puissent confirmer son début de grossesse car si effectivement Melo était enceinte, il était prudent de le savoir.

     Pierre retourna au chevet de Melo en attendant les résultats de l'analyse qui mettraient au moins une bonne heure à arriver et commença à réaliser ce que lui avait révélé Melo.

- Mais qu'est-ce qui te fait penser que tu es enceinte ?

- Une intuition féminine, lui répondit Melo.

     Melo n'avait pas eu le courage de lui dire la vérité, la vérité sur le test effectué il y a une bonne semaine maintenant, la confirmation de la prise de sang du Docteur Hellbrandt quarante-huit heures après, elle avait peur de la réaction de Pierre et pensait que c'était mieux ainsi.

     Pierre fut appelé dans le couloir par le médecin peu de temps après, Melo les apercevait au travers de la baie vitrée qui séparait la chambre du couloir, le médecin tenait apparemment les résultats de l'analyse dans sa main droite et faisait des signes de sa main gauche mais Melo n'arrivait pas à comprendre ce qu'il se passait vraiment. Pierre revint dans la chambre dans la foulée, s'assit sur le lit à côté de Melo et lui dit :

- Ma chérie, tu n'es pas enceinte, le docteur est formel et il indique que ce n'est pas plus mal après ce qui nous est arrivé.

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