Chapitre
Chroniques d'un amour égoïste
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Chapitre quatre

     L’alcool aidant, je retire rapidement ma chemise, restant dans un débardeur ample aux manches larges, qui laissent voir mon torse sans difficulté.

     Je sens le regard de mon nouvel « ami » sur moi, et je mentirais si je disais que ça ne me crise pas.

     L’alcool inhibe mes résistances, et les courbatures ne se font plus sentir depuis le troisième verre.

     Pourquoi me priver ?

     Lorsqu’il se penche vers moi, je sens son souffle chaud contre mon cou, puis contre mon oreille. Il susurre plus qu’il ne parle alors :

- Tu viens avec moi ?

     Inutile de répondre, je me contente d’un sourire et me lève en finissant mon verre d’une traite. Sans un regard pour Martin, je prends la main de son frère dans la mienne, ramasse ma chemise et ma veste sur la banquette, et sors de l’établissement.

     Le froid de la nuit mord ma peau, mais ne me fait pas revenir à la lucidité pour autant. Je m’accroche aux lèvres de mon occupation de cette nuit et l’embrasse avec envie.

- T’as ta voiture ?

- Oui.

     Il sourit en sortant de sa poche un trousseau de clé ennuyant. Pas de décoration, rien, quelque chose de fade. Enfin, à part son physique, il est fade lui aussi. Mais tout le monde me semble fade, comparé à mon inconnu…

     Les phares de la voiture clignotent et je m’y dirige en souriant, déjà satisfait de la tournure de cette soirée. Lorsque je me rends compte qu’une voiture s’arrête près de moi, je relève la tête avec un froncement de sourcils.

- J’suis pas une pute, gros dégueulasse…

     Je ris un peu, aidé par les verres que j’ai bus trop rapidement pour rester totalement clair. D’ailleurs, mon compagnon est tout aussi saoul, la voiture…

- Ah oui ? Tu y ressembles pourtant !

     La portière de la seconde voiture claque. Je me redresse de toute ma taille, pour l’arriver qu’à la gorge de mon kidnappeur. Mon sourire s’élargit et je viens embrasser la pomme d’Adam frémissante sous sa voix grave.

     Je sens sa grande main qui se resserre sur mon bras, puis le contact d’un siège en cuir. L’odeur de voiture neuve me monte rapidement au nez, me donnant la nausée.

- Oh… Putain… J’vais vomir…

- Pas sur mon tableau de bord !

     Je grogne un peu, mais avant d’avoir pu répliquer quoi que ce soit, je vide l’intégralité de mon estomac vide de solides dans le caniveau, penché par la portière ouverte.

- Vous êtes qui au juste ?!

     Ah, la voix de mon barman. Je ferme les yeux en laissant ma tête aller contre le dossier du siège passager.

- Je vous appelle un taxi, vous êtes au moins aussi saoul que lui. C’est pitoyable.

     Je sens une note accusatrice dans la voix de mon bel inconnu, mais je n’ai pas la force de m’en offusquer tout haut. Ma situation ne regarde que moi. Que je sois saoul au point de vomir mes tripes à la moindre odeur forte ne regarde que moi.

     A cette pensée, de nouvelles nausées montent en moi et je ne lutte pas pour les arrêter. Une seconde fois, mon estomac fouille dans ses réserves pour trouver autre chose que de la bile à renvoyer.

     Je tousse, et je sens une main dans mes cheveux.

- Est-ce que ça va mieux ?

- Génial… J’ai la gorge en feu… Une migraine atroce… La tête qui tourne… je me sentais mieux bourré...

     J’entends un faible rire en réponse à mes remarques, puis la portière de mon côté se ferme. Une seconde plus tard, mon bel inconnu est devant son volant, et démarre.

     Pour trouver un peu d’air, je tente d’ouvrir la fenêtre mais la commande ne répond pas.

- Baisse la vitre…

     Il ne me répond pas, et ne me regarde pas.

- Eh ! Je t’ai dit de baisser la vitre !

- Demande le convenablement, et j’y réfléchirais.

     J’ouvre la bouche pour répliquer mais une nausée m’en empêche. Je ne tiendrais pas longtemps comme ça, et je ne tiens pas à faire partie de ces mecs qui se vomissent dessus.

- La vitre… S’il-te-plait…

     Il semble laisser ma phrase en suspend dans l’air pendant quelques instants avant de s’en saisir et d’agir enfin. D’un doigt, il appuie sur la commande près du volant.

     La vitre de ma portière se baisse enfin, m’envoyant un bol d’air frais bienvenue qui me réveille brutalement.

     Je tourne la tête vers mon chauffeur, et des milliers de questions se mettent à tournoyer dans mon esprit. Mais je les oublie rapidement, pour simplement profiter de la vue de ses mèches courtes qui luttent contre le vent et du col de sa chemise qui danse contre sa gorge.

     Lorsque je regarde enfin ses yeux, mon estomac se serre. J’ai déjà vu la colère, la rage, la haine, le dégoût. Mais ce que je vois, là, est au-dessus de mes forces : la déception, et la frustration.

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