Chapitre
Chroniques d'un amour égoïste
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Chapitre premier

L

e réveil sonne, où plutôt tape dans mon esprit comme un marteau-piqueur. J’ouvre les yeux, ma vue encore brouillé par le sommeil.

     D’une main, je tâtonne sous mon oreiller et y trouve mon téléphone. Je regarde l’heure : 6h30. Pas de réveil.

     D’ailleurs, il continue à sonner jusqu’à ce qu’un mouvement fasse bouger le matelas, près de moi.

     Je me redresse, surpris, et regarde l’homme à mes côtés. Cheveux d’ébènes coupés courts, yeux marrons tirant vers les gris et fatigués, barbe de trois jours, menton volontaire et nez droit… Des lèvres charnues… Je lèche légèrement les miennes.

- Bonjour bel inconnu…

     Ses lèvres s’étirent dans un sourire, et je viens les embrasser doucement. Je n’ai aucun souvenir de son nom, mais même sans alcool… Il me plait bien.

- Inconnu ? Je pourrais me vexer pour ça.

     Sa voix est grave, profonde. Je vois sa pomme d’Adam vibrer contre ses cordes vocales. Mes lèvres s’y déposent immédiatement, puis descendent vers son torse.

- Non, ça suffit jeune homme.

     Je ris un peu, mais il me repousse d’une main. Je sens immédiatement le contact froid d’une bague. Mon regard se pose dessus. Une alliance. Pendant une seconde, le temps se suspend… Puis reprend son court, comme si de rien n’était.

      J’ai souvent été l’amant, pour ne pas dire tout le temps. Je ne m’encombre déjà plus de tous les aspects « normaux » de ces relations d’infidèles.

     Devrais-je me sentir coupable ? Sûrement un peu. J’avais probablement remarqué la bague au bar, hier soir. Mais s’il est sorti, s’il est venu, et s’il s’est laissé séduire… Est-ce de ma faute ?

- Eh, interpellais-je alors qu’il quittait le lit. Tu me donnes ton numéro ?

- Inutile. J’ai le tien.

     Il me fait un clin d’œil, qui m’arrache un nouveau sourire. Ses cils sombres soulignent son regard comme le ferait du khôl.

     Pendant qu’il va vers ce que je suppose être la salle de bain, mon regard suit la ligne de sa colonne vertébrale jusqu’à la chute de ses reins. Cet homme est beau. S’en est presque gênant.

     La façon dont ses muscles se définissent sous sa peau, sa façon de se mouvoir, son sourire espiègle… Il transpire l’assurance et la beauté.

     Encore un homme sûr de lui qui ne me rappellera pas, en somme. À mon tour, je quitte le lit et viens m’arrêter devant le miroir collé à la porte.

     Des marques sur le torse, des suçons. Une dizaine je dirais. Sur les cuisses aussi, dans le cou… Ce mec est sauvage.

     Je ris légèrement, et passe une main dans mes boucles blondes.

     Profitant de ce moment solitaire, je me penche en avant pour mieux voir mes yeux verts. Tous deux ont une tâche dorée, en bas à droite. Je peux largement me considérer canon.

     J’entends tousser derrière moi et me redresse avant de me tourner vers mon compagnon de la nuit.

- Quel narcissisme impressionnant…

     Je ris. Il porte un costume strict, qui jure avec ses airs de voyou des beaux quartiers. L’ensemble est bleu marine, exceptée une chemise blanche et des chaussures noires, brillantes comme si elles étaient neuves.

     Je le détail de haut en bas avant de m’approcher pour l’embrasser encore. Son indexe sur mes lèvres m’en empêche.

- Désolé, c’est fini pour aujourd’hui.

- Tu rationnes les baisers ?

     Mon bel inconnu ne prend pas la peine de me répondre. J’ai le droit à un baiser sur le front avant qu’il quitte la chambre. Je le talonne immédiatement.

     Pour aujourd’hui. Est-ce que ça ne veut pas dire qu’il y en aura un autre ? Que croit-il, au juste ? Une fois, c’est déjà bien assez, il devrait être heureux de m’avoir eu une nuit…

     Dans un salon luxueux, il prend une sacoche noire et une veste qu’il pose simplement sur son bras.

- La chambre est payée jusqu’à midi, prends ton temps pour partir.

     Il ne me regarde même pas en parlant. Est-ce que je suis un chiot qu’on laisse à la maison pour la première fois  ?

     Pas de « à bientôt », pas de « je te recontacte ». La porte se ferme derrière lui et je reste seul dans le salon.

     J’ignore jusqu’au nom de l’hôtel…

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