Chapitre
CRYDE
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Message de l'auteur en début de chapitre

  Retour en forêt ! Et oui ! Notre Steve, bien décidé à comprendre, retourne sur le lieu du drame ! Le fait-il pour rien ? Ou bien...

Est-ce vraiment une bonne idée ?
 

RETOUR EN FORÊT

CRYDE

CHAPITRE

6

ROMAIN CREUZENET

CHAPITRE

6

AILLEURS

     Rien ! Voilà ce qu’il y avait dans le téléphone. Rien ! Je vais le redire encore une fois. Rien ! Mais bon sang ! Pourquoi n’y avait-il rien ? Rien ! Était-ce une plaisanterie ?

     Quelqu’un se moquait-il de moi ? Le téléphone n’avait aucune application installée, aucune photo, aucun appel ni même un pauvre message ! Enfin si ! Des dizaines d’appels à des pizzerias. Des pizzerias ! Mais je m’en fichais ! Et il n’y en avait pas d’autres ! Je me levai en furie. Je tournai en rond dans ma chambre en essayant de contenir ma colère. Je regardai sur mon bureau, le livre bizarre pris dans l’appartement.

     Je le saisis, crachai un juron et l’envoyai valdinguer à l’autre bout de la pièce. Je partis prendre une douche pour me calmer pour ensuite me coucher directement.

     Le soleil allait bientôt se lever. Je n’avais évidemment pas très bien dormi.

     Maintenant, qu’est-ce que j’allais faire ? Je pouvais chercher à confirmer que c’était bien le téléphone de Jona, mais bon... Déjà, à qui d’autre serait-il ? Ensuite, je risquais d’avoir des problèmes si on me surprenait avec le téléphone d’une disparue et enfin, ça ne m’avancerait pas tellement. Conclusion, je n’avais plus d’autres choix que de retourner aux tentes... En plus, je n’avais pas noté leur position...

     Belle journée en vue. J’allais vraiment finir par me faire dévorer et ce sera au campement ! Je soupirai et me retournai dans mon lit. Je regardai mon téléphone posé sur la table de chevet. Mais bon sang, pourquoi avait-elle ce téléphone si elle ne s’en servait pas ? C’était absurde. Non, les pizzerias ne comptent pas ! Elle devait donc forcément s’en servir autrement ! Mais dans quel but ? Qu’était-ce je faisais avec le mien, moi ? Je me redressai et pris mon téléphone. Je regardais les dernières applications utilisées. Le GPS, le téléphone, les messages... Je m’étirai et m’emparai de celui de Jona posé un peu plus loin. Un, deux, trois, quatre et il se déverrouilla.

     Je lançai le GPS. Il y avait tout un historique d’adresses ! Je bondis du lit.

     Donc à cette adresse, c’était bien le restaurant. Je ne sortis pas de ma voiture, je rentrai tout de suite une nouvelle adresse dans le GPS puis repartis. Je m’étais promis de ne pas retourner dans cette forêt et j’espérais tenir ma promesse. Pour le moment, je n’avais seulement vérifié que deux autres adresses du téléphone. La première était celle d’une grande surface et la seconde, celle de l’immeuble de Jona.

     Je me dirigeais actuellement vers la quatrième en comptant celle-ci. L’adresse était assez loin.

     La journée allait être longue, très longue. C’était dimanche. Demain je retournerai au lycée. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir dire à Lola ? Et aux autres ? Oh non...

     Comme je n’étais pas pris dans l’équipe... Ça allait être terrible. Je chassais ces pensées de mon esprit pour me concentrer sur la route. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir découvrir aujourd’hui ? Surprise, surprise ! Est-ce que j’allais avoir des réponses ou au contraire, davantage de questions ? Les paris étaient ouverts. Je n’expliquais toujours pas hier, les tentes, la clairière... Mais bon, est-ce que ça changeait des autres jours !

     Le trajet dura encore quelque temps, mais je finis enfin par arriver à destination.

     Je me garai. Allais-je passer directement à la prochaine adresse ? Oh que non !

     Celle-ci méritait absolument le coup d’œil ! Je descendis de voiture. Ou plutôt, je pris mon courage à deux mains et, avec la peur au ventre, je sortis. Je vais d’abord planter le décor. Je me trouvais en retrait de toute civilisation. Tout autour, il y avait beaucoup de verdure, des arbres, des champs...Maintenant, le croustillant.

     Une grande bâtisse me faisait face. Elle était toute en pierres, mais des pierres vieilles, très vieilles. Le bâtiment me faisait un peu penser à un manoir ou à un château, mais je n’avais jamais vu une telle architecture. La porte d’entrée était tellement massive... Un immense portail se dressait devant moi. Étrange ?

     Malsain ? Effrayant ? Si seulement il n’y avait que ça !

     Le portail était complètement saccagé. Ses grilles avaient été arrachées et tordues.

     L’allée menant à la bâtisse était ravagée. Elle rappelait la clairière : des rochers, des flaques, des cratères, des soulèvements...

     Une odeur de brûlé m’irritait les narines. La façade du bâtiment avait été endommagée. Sa grande porte massive avait des impacts de foudre. De foudre !

     Qu’allais-je faire ? Inutile de dire que je voulais m’enfuir ! Inutile aussi de dire que je devais arrêter de fouiller dans la vie de Jona. Que je devais rentrer et embrasser ma copine. Que je devais reprendre ma vie normale et ennuyeuse. Mais je ne pouvais pas ! Comment pourrais-je vivre en sachant que j’avais ignoré tout ça ?

     Je fis donc un pas. Puis un autre. J’enjambai la grille arrachée. J’évitai les cratères et arrivai jusqu’à la porte d’entrée. Le verrou avait été comme arraché.

     La porte était légèrement entrouverte, mais pas assez pour que je puisse passer. Je la poussai donc de toutes mes forces, elle était lourde. Le bois grinçait, les gonds grondaient. N’aurait-il pas été mieux de toquer ? Je finis par l’ouvrir suffisamment pour pouvoir m’y glisser. Je me faufilai enfin à l’intérieur.

     J’arrivai dans un grand hall. Un très grand hall, tout en pierres. Le plafond était à plusieurs mètres de hauteur, il était en forme de coupole, tout arrondi. Ici aussi, les éléments s’étaient déchaînés. J’apercevais même du sang couler sous l’un des gros rochers... La pièce avait été foudroyée, brûlée, ravagée... Cela en devenait presque anormalement normal... Je devinais que le bâtiment s’étendait par les portes au fond. Mais ce n’était pas ce qui captait mon attention. En effet, je ne pouvais m’empêcher de détourner les yeux de l’imposante arche, en face de moi.

     Elle était aussi toute en pierres et devait faire deux ou trois mètres de haut, pas bien plus grande qu’un homme. Mais en son centre se dressait un cercle.

     Un cercle de lumière flottait dans les airs. Et oui, c’était bien un cercle comme ceux de l’homme dans la forêt. Il avait bien ce bandeau parsemé de ronds et de traits, qui l’entourait. En son centre, était comme dessiné un portail ou une porte, je ne savais pas trop. Des formes, comme dans le bandeau, étaient inscrites sous le dessin, au centre. Je m’approchai un peu et je remarquai que l’arche portait également ces symboles. Je pensais vraiment que c’étaient des lettres dans une langue étrangère. En tous cas, bonne nouvelle, pour le moment, aucun serpent de feu n’était encore sorti du cercle.

     D’ailleurs... Au cas où quelque chose sortirait de ce cercle pour me brûler... J’eus une idée. Je pris une pierre qui traînait au sol. Je me plaçai derrière un gros rocher. J’envoyai la pierre dans le cercle et me mis rapidement à couvert. Hélas, je ne pouvais pas vérifier si j’avais bien atteint ma cible. Mais... Quelque chose m’intriguait...Je n’avais pas entendu le projectile retomber. Je sortis de ma cachette mais restai derrière mon rocher. J’envoyai une nouvelle pierre. Elle disparut au contact du cercle...

     Et si je tergiversais sur ce qu’était cette... chose et cet endroit ? Théorie numéro une, ceci était le repère des monstres. Les gens aux capuches étaient venus, les ont massacrés et ont laissé ce cercle qui était en fait un serpent endormi, qui s’activera seulement quand le prochain monstre se montrera ici. Théorie numéro deux, ceci était le repère des capuches. Les monstres étaient venus, les ont massacrées et cette chose n’avait juste pas marché. Théorie numéro trois... Arrêtons de nous mentir. Ce cercle était au milieu d’une arche. Ce cercle avait les mêmes dimensions que celui qu’avait fait disparaître l’homme dans la forêt. Et ce cercle avait un fichu portail dessiné dessus ! Je savais très bien à quoi il servait et je savais très bien ce que j’allais devoir faire...

     Je me passai la main dans les cheveux en tournant en rond. Oui, parce que c’était plus facile à dire qu’à faire ! Est-ce que j’avais déjà traversé des cercles magiques ? Non, je ne crois pas ! Est-ce que je pensais le faire un jour ? Non plus !

     Est-ce que tout ceci était incroyablement bizarre ? Oui ! Est-ce que je pouvais mourir en le traversant ? Évidemment ! Est-ce que je pouvais me retrouver dans le vide de l’autre côté ? C’était une possibilité ! Est-ce que je pouvais me faire dévorer par le roi des monstres parce que j’avais atterri dans leur nid truffé d’autres monstres, avec des serpents de feu volant de partout et des rochers tombant du ciel, sans oublier les éclairs, le tout dans un affrontement de déchaînements cataclysmiques ? Ça ne m’étonnerait même pas ! Mais, est-ce que j’avais envie de mourir, moi ? Non ! Pas encore !

     Je me ressaisis et me plaçai devant l’arche. Quand il faut y aller, il faut y aller.

     Non, je n’avais pas de meilleure phrase à dire à ce moment-là. Je tendis ma main vers le cercle. Et ensuite... Ensuite... Ensuite, je m’arrêtai. J’avais une idée. Je sortis un téléphone de ma poche, c’était celui de Jona. J’activai sa caméra.

— Bonjour, c’est Steve. Lola, la bande... commençai-je difficilement. Si vous voyez ces images, vous comprendrez alors que je ne suis pas devenu complètement fou. Vous comprendrez aussi pourquoi ces derniers jours, j’allais mal... Que je me suis un peu éloigné aussi... Je filme actuellement avec le téléphone de Jona, la portée disparue qui a fini rôtie, le soir où elle a tenté de me dévorer. Je vous passe l’homme au serpent de feu et le campement dans la forêt... dis-je avant de ricaner nerveusement. J’ai été embarqué dans quelque chose et je dois aller jusqu’au bout.

     C’est ainsi, repris-je après quelques hésitations. Je ne pense pas pouvoir aller de l’avant, si je ne vais pas au fond de cette histoire. Actuellement, je suis dans un lieu que j’ai trouvé avec le téléphone, annonçai-je en filmant la pièce, où il y a cette chose, finis-je en montrant l’arche. Il y a des inscriptions sur cette arche, dis-je en les filmant de plus près. Et ça, je pense que c’est un portail.

     Je laissai la caméra allumée dans ma main. Je pris une grande inspiration et marchai, marchai, marchai. Le cercle se rapprochait, encore et encore. Il était maintenant à quelques centimètres. Une lumière m’éblouit. Je venais de traverser...

     La lumière s’estompa. Les couleurs revinrent. Elles se mélangèrent et reprirent forme. Et... tout un panorama se dressa devant moi. Je m’arrêtai de marcher. Je tournai sur moi-même. Je n’en croyais pas mes yeux. La caméra n’en perdait pas une miette. J’étais ailleurs, j’étais dans un lieu surréaliste ! Encore déboussolé, je regardais partout autour de moi. Il me fallut quelques secondes pour tout assimiler.

     Le choc commençait à passer. L’euphorie s’était suffisamment estompée pour me redonner mes moyens. Je vais essayer de décrire où j’étais, mais ça va être difficile.

     Je vais m’appuyer sur un dessin schématique.

     Alors... par où commencer ? J’étais sur une structure gigantesque en pierres orangées. Mais avant de la décrire, je vais d’abord parler du sol. Je voyais au loin un paysage magnifique, plein de verdure, seulement la nature, avec le soleil bien haut dans le ciel. Ainsi était l’horizon, mais les environs étaient différents. Le pied de la structure était dans un immense trou. Je suis nul pour estimer les distances, mais il devait bien avoir une profondeur de plusieurs centaines de mètres, pour un diamètre proche du kilomètre. Au fond de ce trou, j’apercevais un peu d’eau formant un lac, des rochers et aussi de la verdure. Au centre de ce trou, si je pouvais appeler ça juste un trou, se dressait le pied de cette structure disproportionnée. C’était une immense tour. Elle était trois fois plus grande que la profondeur du trou. Elle devait bien faire plus d’un kilomètre de hauteur, mais c’était là encore dur à estimer. Des centaines d’ouvertures la composaient, il me semble qu’il s’agissait de fenêtres.

     En haut de l’édifice, à ses trois quarts je dirais, partaient cinq ponts. Ils étaient disposés de façon uniforme, tout autour de la tour et à la même hauteur. Ces ponts reliaient la tour centrale à des sortes de mini-tours. Comment dire... c’étaient des cylindres, des mini-tours quoi, qui étaient bien moins grandes que la principale, entre trois ou quatre fois plus petites. Mais bon, elles restaient immenses. Elles étaient aussi composées de ces rangées de fenêtres.

     Leur bas était en forme de cône, tandis que leur sommet était un simple plateau.

     Chacune de ces mini-tours était maintenue en l’air, à une hauteur impressionnante d’ailleurs, uniquement par l’intermédiaire de cet unique pont, la reliant à la tour centrale.

     Moi, je me trouvais sur l’un de ces plateaux, au sommet d’une des minis-tours.

     Sur celui-ci, cinq arches se trouvaient au bord du vide. J’étais apparu, si c’est le mot à employer, de celle du milieu. Le plateau était grand, plus de cent mètres de diamètre, je pense. Du coup, les arches étaient assez espacées. Sous mes pieds, des chemins étaient tracés dans la pierre. Ils partaient des arches pour se réunir au centre, où un ultime chemin menait à la tour centrale. Par contre, les arches n’ont pas le même symbole sur leur cercle. Je n’arrivais pas à voir si les minis-tours étaient identiques, elles étaient trop loin. Mais ce que je pouvais voir...

     À présent, abordons le côté cauchemardesque de ce lieu... C’était une véritable ruine... Pour commencer, l’un des cinq ponts n’avait plus sa tour. Elle s’était écrasée bien bas, sur le sol. Ensuite, une autre tour fumait. Le sommet de la tour principal avait été détruit. Il avait dû être frappé par la foudre... D’ailleurs, le sol était jonché d’impacts d’éclairs. Le pont me concernant était parsemé de cratères. Je ne saurais compter le nombre de trous, dans la structure, causés artificiellement. La clairière n’était rien, comparée à ceci. Trop de sang inondait la pierre. Le silence criait le désastre. Il n’y avait pas de corps, mais on devinait les morts par les lames en fer plantées dans la roche. Les blessures du géant de pierres ne laissaient imaginer que trop bien la violence du carnage. Que rajouter ? Comment mieux exprimer ce à quoi j’assistais ? L’enfer s’était manifesté ici, il n’y avait pas si longtemps...

     Ma caméra continuait de filmer. Je me faisais violence pour ne pas me laisser envahir par des questions comme « À qui était tout ce sang ? Pourquoi n’y avait-il personne ? ». J’avançai, les entrailles nouées. Je suivis le chemin marqué au sol et arrivai au pont. Je commençai alors à le traverser, en faisant bien attention à ne pas tomber dans un trou. Je regardai autour de moi. Ce lieu devait être tellement magnifique... Je levai la tête et contemplai le sommet transpercé de la tour. J’étais pile dans l’axe du trou. L’éclair destructeur aurait dû arriver à mes pieds, mais... Le sol était intact. La foudre ou quoi que ce soit, n’était donc pas descendu du ciel... Je continuai. Le pont était assez long. Je le traversai. Au bout, une grande ouverture dans le géant de pierres se dressa devant moi. Je pénétrai dans la tour centrale.

     À l’intérieur, je traversai un couloir. Le plafond était haut, tout était si grand ici... Je filmai les griffes sur les murs. Je croisai quelques portes. Des grandes et lourdes portes, un peu comme celles du bâtiment, de l’autre côté du portail.

     Toujours personne et pourtant tellement de sang...

     Je finis par arriver au centre de la tour où les cinq couloirs, menant aux cinq ponts, se rejoignaient. C’était une salle, évidemment gigantesque, traversée par un escalier tout aussi disproportionné. À croire que c’étaient des géants qui habitaient cet endroit ! L’escalier devait bien faire quinze mètres de largeur. Par contre, la hauteur de chaque marche était normale. On oublie donc la théorie des géants.

     L’escalier était en colimaçon. Cependant, je ne pouvais pas aller aux étages supérieurs, une partie des marches avait été détruite. Il ne me restait plus qu’une solution, m’enfoncer dans les entrailles de l’édifice...

     Comment je me sentais ? Oh, je ne préférais pas répondre, mais je devais certainement être en état de choc. Je commençai à descendre les marches. Je me collai contre le mur, car il n’y avait pas de rambarde, l’escalier tournait autour du vide. Je n’aime pas ce genre d’escalier. De plus il y avait du sang sur les murs. Je continuai de m’enfoncer. Des fenêtres creusées dans la roche éclairaient l’escalier. Les marches me guidèrent dans un lieu semblable à l’étage supérieur. Un plancher entourait l’escalier. Il était assez large pour qu’on puisse y circuler à plusieurs. De grandes portes, identiques à celles de l’étage supérieur, menaient à des salles qui avaient l’air gigantesques.

     Je descendis encore quelques marches et je retrouvai les mêmes choses, le plancher, les portes... Pareil à l’étage inférieur. J’en conclus que l’architecture de la tour était assez simple. À chaque étage, une dizaine de salles étaient disposées en cercle, un plancher permettait de se déplacer et un gigantesque escalier, en colimaçon, faisait la liaison entre les niveaux. Ai-je besoin de mentionner l’état désastreux des lieux ? Les ravages étaient partout. Le plancher avait été complètement détruit à certains endroits. J’avais vu peu de portes encore en bon état. Elles étaient, pour la plupart, calcinées. Les impacts dans les murs en avaient même fait s’effondrer certains. L’escalier n’avait pas été pour autant épargné, mais il tenait bon grâce à son envergure. Et tout ce rouge tâchant la pierre... Pourtant, je n’avais toujours pas vu un seul corps.

     Plouc. Soudain, j’entendis un bruit. Je me raidis totalement. Quelque chose, dans cette tour, venait d’émettre un bruit. Il y avait quelque chose ici. Plouc. Le bruit recommença. Je me cachai alors derrière un rocher. Un troisième bruit... Il venait de l’une des pièces de l’étage. Je repris mes esprits. Mais je reconnaissais ce bruit ! C’était celui d’une goutte d’eau qui tombait. Caméra à la main, je m’avançai vers ce bruit. J’avais tellement peur...

     Oh je n’eus pas beaucoup de mal à ouvrir la porte de la salle. Cette dernière faisait partie de celles totalement pulvérisées. Tout comme le mur du fond d’ailleurs.

     Je pouvais parfaitement voir dehors grâce au trou béant laissé à la place. Je rentrai dans la pièce qui s’apparentait à une salle de cours. Des morceaux de bois ressemblaient à des chaises et des tables qui avaient été simplement balayées. Plouc. Je levai la tête. Le plafond s’était effondré et des gouttes d’eau coulaient de l’étage supérieur.

     Elles atterrissaient derrière un rocher. J’approchai de ce dernier. Mon dieu !

     Je détournai tout de suite le regard. Le rocher cachait un cadavre ! Je mis ma main devant la bouche, pour ne pas vomir et reculai. C’était la première fois que j’en voyais un... Je pris une grande inspiration. J’en pris même une autre. L’odeur était insupportable. Je parvins à le regarder. C’était un jeune homme, il devait avoir mon âge. Ses yeux restaient ouverts, sans vie... Il paraissait tout à fait normal.

     Je sous-entends qu’il n’avait rien de difforme, rien d’un monstre ou d’un géant.

     Sa tenue était inhabituelle par contre. Et surtout, elle était parsemée de tâches rougeâtres, car des pieux de glace transperçaient son corps.

     Sa manche déchirée laissait deviner un tatouage sur son épaule. Je m’approchai.

     Le tatouage était masqué par le reste de la manche. Oh... Zut... Je bloquai ma respiration et soulevai la manche du cadavre. Ah ! Immonde ! Mais au moins, je pouvais distinguer le tatouage dans sa totalité. C’était un cercle. Encore l’un de ces fameux cercles. Le motif à l’intérieur... C’était le même cercle que sur la couverture du livre de Jona ! Mais maintenant que j’avais ce tatouage sous les yeux, j’étais persuadé de l’avoir déjà vu quelque part... Où est-ce que c’était... Bon sang !

     Plouc. Une goutte vint tomber sur ma joue. Je levai la tête. Je me trouvais pile sous le trou du plafond. Je pouvais apercevoir l’intérieur de l’étage supérieur d’ici.

     Et je n’aimais pas ce que je voyais. Je distinguais une dizaine de pointes de glace énormes, rougeâtres aux extrémités. Évidemment, elles n’avaient rien de naturelle.

     Je m’essuyai la joue et constata avec effroi que ce n’était pas de la glace. Je regardai le pauvre malheureux. Était-ce son sang qui gouttait ? Il me semble que la pièce de l’étage supérieur était bouchée par un rocher. Est-ce qu’on avait oublié de ramasser ce corps ? Ou alors, n’avait-on pas pris la peine de l’extraire de la glace ? Serait-il tombé de là-haut, une fois la glace fondue ?

     J’aperçus quelque chose à côté de lui, un livre. Je le ramassai. Incroyable !

     C’était le même livre que celui de Jona ! Sauf que lui, je pouvais l’ouvrir ! Hourra !

     Il était en parfait état ! La présence du cadavre me fit sortir de ma joie. Était-ce son livre ? Je le feuilletterai plus tard, à la maison. En signe de remerciement, je refermai les yeux du mort. Il avait l’air plus paisible. Puis, je quittai la pièce.

     Je filmais toujours et continuai de descendre les escaliers. Tout en bas, il devait bien y avoir autre chose que des salles de cours, non ? Je descendis ainsi des dizaines d’étages. L’escalier était vraiment endommagé par endroits. Je continuai de m’enfoncer.

     Impressionnant, au bout d’un certain nombre de marches, le plancher et les salles disparurent. Il n’y avait plus que l’escalier central entouré du vide jusqu’aux murs extérieurs. En ces lieux, l’immensité du bâtiment me faisait me sentir ridiculement petit. Je descendis encore un petit moment. J’atteignis enfin la fin de l’escalier.

     Il n’y avait rien. Rien, à part une porte. Elle était plus grande et plus solide que toutes les autres, mais elle avait été détruite, elle aussi... Derrière elle, encore des escaliers... Je continuai donc en les empruntant. J’arrivai dans une nouvelle salle et je trouvai alors toutes les personnes que je cherchais...

     C’était absolument horrible ! Atroce ! Ignoble ! Une pile de cadavres montait jusqu’au plafond ! Des dizaines... Des centaines de corps étaient entassés là. C’étaient les habitants de cette tour, ceux dont le sang jonchait les pierres. Dois-je en dire plus ? Mentionner l’odeur ? Donner plus de détails ? Non... C’était trop... Je n’allais pas tarder à craquer... Pourtant, je descendis l’ultime marche... Je n’aurais jamais dû... Un cercle apparût sur la totalité du plafond. Oui, l’un de ces fameux cercles, sauf que celui-ci était noir. Je sais. Ça ne présageait rien de bon. Cependant, rien ne se passa. Après quelques secondes, je crus remarquer quelque chose... Il me semblait que le tas de morts avait bougé... Je l’examinai attentivement. Quelque chose... Ça... La pile...

     Je devais partir ! Vite !

     Je tournai les talons et remontai rapidement les escaliers. Je passai la porte et courus vers celui en colimaçon. J’enchaînai les marches du plus vite que je pouvais. Je savais que ça allait arriver. Cet escalier était sans fin. Tout ce que j’avais descendu... Il fallait que j’atteigne le portail ! Vite ! Mon téléphone filmait toujours même si je l’agitais dans tous les sens en courant. Dans mon autre main, je tenais fermement le livre. Je montais, je montais. Je voyais la partie des étages avec les salles se rapprocher. Je l’avais presque atteinte lorsque j’entendis quelque chose que je n’avais jamais pu oublier...

     Ce cri venu d’un autre monde... Qui te glace le sang... Celui d’un monstre...

     J’accélérai. D’autant plus, ce hurlement était bien plus fort que celui de la forêt.

     D’autres ne tardèrent pas à se faire entendre. Ils étaient de plus en plus forts, donc de plus en plus proches... Je devais en être à la moitié des étages avec les salles, lorsqu’un bruit de martèlement de marches atteignit mes oreilles. Ces bruits s’intensifièrent. Des cris atroces les accompagnaient. Je n’osais plus me retourner.

     Je continuais de courir, pour ma vie. Le monstre allait bientôt me rattraper. Je le sentais, je l’entendais... Derrière moi... Il allait me sauter dessus d’un moment à l’autre...

     Trop tard ! La patte du monstre me heurta de plein fouet. Une force... Mes pieds quittèrent le sol. Je fus propulsé et tombai au centre des escaliers. Mais le coup avait été trop fort. J’atterris de l’autre côté du vide, puis roulai sur le plancher.

     Ouche ! Cette violence ! Mon corps me fit atrocement souffrir. Mais j’eus le malheur d’ouvrir les yeux. Je vis le monstre. Il était bien plus grand que Jona et n’avait plus rien d’humain. Ses six pattes s’enfonçaient dans l’escalier. Des mandibules sortaient de sa gueule acérée.

     La peur, l’instinct de survie, l’adrénaline... Tant de choses m’habitaient. Tel un possédé, je me relevai et courus me réfugier. Le monstre bondit. Il traversa le vide comme si de rien n’était. La créature écarta alors ses terribles mandibules. J’arrivai à une porte entrouverte. Les crocs se refermèrent dans un claquement sourd. Trop tard, je m’étais faufilé dans la salle. La créature insista pour ouvrir la porte trop peu entrouverte pour elle. Mais la masse de bois était bloquée par un rocher.

     J’entendais ses griffes se déchaîner sur la porte et son crâne s’y fracasser. La porte ne tiendra pas. Le monstre allait finir par rentrer. Je devais trouver le moyen de m’enfuir. Mais cette salle aussi avait été ravagée ! Tout était brûlé ! Je m’avançai tout de même pour trouver quelque chose, n’importe quoi ! Soudain, sous mes pieds, le sol bougea. Je m’écartai en vitesse ! Une patte de créature en sortit ! Mon dieu !

     Un autre monstre essayait d’entrer par l’étage inférieur !

     Je reculai. Le sol tenait beaucoup moins bien que la porte. Ses coups de griffes engloutissaient le plancher. Le monstre d’en bas sera là dans quelques secondes.

     Je continuais de reculer, mais le fracas à la porte me stoppa net. J’étais coincé.

     Je cherchais désespérément quelque chose autour de moi qui pourrait me sauver.

     Rien...

     Le monstre passa une deuxième patte par le plancher. J’aperçus ensuite ses mandibules. Ses griffes s’enfoncèrent dans le sol et le monstre se hissa. Il se trouvait devant moi, dans la pièce. La créature hurla du fin fond de ses entrailles. Je restai figé. La créature chargea. Je ne pouvais rien faire. Elle se jeta sur moi. J’étais mort.

     Mais l’autre monstre fracassa enfin la porte. Il déboula dans la pièce. Par miracle, avec son élan, il heurta l’autre monstre. Les deux créatures roulèrent et s’entremêlèrent sur le sol. Croyez-le ou non, mais elles tombèrent même dans le trou. C’était ma chance ! Alors, je me ruai vers la porte. Je traversai le plancher, en tenant toujours fermement le téléphone et le livre dans les mains. J’atteignis les escaliers et... je me figeai. Un troisième monstre se tenait quelques marches plus bas dans ces mêmes escaliers.

     Les deux monstres de la pièce rugissaient et j’entendais leurs pattes marteler le sol. Ils étaient remontés et étaient en train de charger. Le troisième monstre déploya ses mandibules. Les deux autres apparurent de la salle. Le troisième bondit sur moi. Les deux autres bondirent également. Je tentai de m’échapper... Les trois monstres se gênèrent mutuellement. Ils se cognèrent et se poussèrent, mais surtout, ils tombèrent. Ils chutèrent dans les escaliers, au centre dans le vide. Ils heurtèrent plusieurs fois les marches, qui sous le poids de ces trois mastodontes, se brisèrent.

     Sans perdre un instant, je repris ma course déchaînée et montai ces fichues marches. Un concert de hurlements se fit entendre derrière moi. J’arrivai à la fin des escaliers. J’étais dans la pièce avec les cinq couloirs menant aux mini-tours. Il y avait de plus en plus de cris. Je traversai le bon couloir sans m’arrêter. Il était interminable, mais je ne ralentissais pas. J’atteignis l’extérieur, autrement dit, le pont. Un tonnerre de bruits stridents m’y attendait. Je baissai la tête. En bas de la tour, des trous avaient été creusés. Des ouvertures, d’où plein de monstres étaient sortis, parsemaient la façade de la structure. Les créatures escaladaient à présent la tour. À la vitesse où elles grimpaient, elles m’auront bientôt rattrapé.

     Je me remis à courir. J’avais parcouru la moitié du pont, lorsque les monstres se jetèrent dessus. Ils s’agrippèrent à la paroi et firent trembler toute la structure. Je titubai, mais je parvins à rester debout. Je continuai ma traversée en enjambant les trous. Je ne savais pas ce que ma caméra capturait, mais elle avait intérêt à ne pas en perdre une miette ! J’atteignis les trois quarts du pont. Une patte surgit du vide et tenta de me faucher. Heureusement, elle me rata de peu. Mince ! Quelques-uns des monstres étaient déjà sur le pont !

     Un pont qui commençait à se fragiliser dangereusement d’ailleurs ! Entre les dégâts qu’il avait reçus, les monstres qui s’y agrippaient... Des pierres dégringolaient à cause de l’ascension des monstres... Et leur poids... Ça vacillait ! J’avais presque terminé la traversée, j’avais presque atteint l’arche. Mais les monstres commencèrent à se ruer vers moi. Dernière ligne droite !

     J’y étais presque ! On me cloua au sol. Non ! Non ! Non ! Pourquoi ? Pourquoi m’avaient-ils eu maintenant ? Dans la chute, j’avais laissé le téléphone s’échapper et il était malencontreusement tombé dans le vide. Bon sang ! Par chance, les autres monstres arrivèrent. Pourquoi par chance ? Parce que ces imbéciles se disputaient la nourriture. Et c’était moi la nourriture...

     Le monstre qui m’avait attrapé, souleva sa patte pour riposter aux coups des autres. Je me relevai en tenant fermement le livre. J’atteignis le plateau de la mini-tour. L’arche était au bout de celui-ci. Les créatures constatèrent ma fuite et arrêtèrent leur dispute. Elles tentèrent à nouveau de me dévorer. Mais les créatures s’arrêtèrent. Je m’arrêtai aussi. Le pont venait de céder.

     D’un coup, le plateau se pencha dangereusement. Monstres et humain glissèrent.

     Les créatures enfoncèrent leurs pattes dans la roche pour se retenir. Mais moi, je ne tentai rien. Je glissais dans la bonne direction. Je me rapprochais de l’arche. Le plateau pencha davantage. Certains monstres étaient tout de même à ma poursuite.

     Plus que quelques mètres !

     Mais le pont s’effondra complètement. La mini-tour et tous ceux qui s’y trouvaient étaient en chute libre, moi y compris. Les secondes me paraissaient interminables.

     Je tombais. Je voyais le sol se rapprocher... L’arche était juste là, en contrebas, à quelques mètres, inaccessible... D’un coup, un monstre me heurta. Je pris ainsi de la vitesse et atteignis in extremis l’arche. Lumière.

     Je réapparus de l’autre côté, dans le bâtiment qui ressemblait à un château.

     J’avais été propulsé du cercle et glissai sur plusieurs mètres. Des pierres faisaient de même. Je me préparai à voir sortir un monstre d’une seconde à l’autre. Soudain, le cercle de l’arche disparût, tout simplement. Un sentiment de soulagement m’envahit instantanément. Je serrai le livre contre moi en fermant les yeux. Je sentais déjà la pression partir... J’étais vivant !

Message de l'auteur en fin de chapitre

  Les choses sérieuses commencent, non ? J'espère vous avoir plongé dans le flou pour la suite de l'intrigue. Mais rassurez-vous, je compte bien continuer dans le mystère dans les prochains chapitres !

Quant au rythme, est-il toujours pertinent ?

Dites-moi ce que vous avez pensé de cette balade en forêt dans vos commentaires !
 

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