Chapitre
CRYDE
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Message de l'auteur en début de chapitre

  Elle était assez folle la nuit précédente non ? Vous auriez réagi comment ? Vous en auriez pensé quoi après ?

Voyons ce que fait Steve à son réveil...
 

UN CAUCHEMAR ?

CRYDE

CHAPITRE

2

ROMAIN CREUZENET

CHAPITRE

2

UN CAUCHEMAR ?

     J’ouvris doucement les yeux. Je contemplai le beau ciel bleu. Les branches s’entremêlaient au-dessus de moi. Un doux murmure était poussé par le feuillage qui dansait au vent. C’était agréable. Mais j’avais mal. J’avais mal partout. Pourquoi mon corps était-il si douloureux ? Et d’ailleurs, pourquoi étais-je étendu par terre, dans la forêt ? Instantanément, tout ce qui s’était passé me revint comme un flash.

     Le monstre, l’homme à la cape, le serpent de feu... Ces souvenirs me firent bondir.

     Malheureusement, je n’étais pas au bout de mes surprises. Je n’en croyais pas mes yeux. Je regardais tout autour de moi. Je m’agitais dans tous les sens. C’était tellement étrange.

     La forêt était intacte. Aucun arbre n’était brûlé, aucune feuille n’était calcinée.

     Pourtant, le serpent de flamme avait tout embrasé ! Je me souvenais de l’homme qui disparaissait dans ce grand anneau. Ensuite, il y avait eu cet autre cercle, plus petit, qui n’arrêtait pas de se modifier. Et puis... Et puis plus rien... Mais la forêt était en feu à ce moment-là ! Maintenant, tout était si verdoyant... Comme si rien ne s’était passé... Un autre point me vint à l’esprit : où était le cadavre carbonisé du monstre ? De plus, où était la carcasse du pauvre animal que le monstre dévorait ?

     Rien... Il n’y avait rien... Rien du tout ! Pourtant, je pensais être au bon endroit !

     Est-ce que c’était vraiment ici ? Et au fait, quelle heure était-il ?

     Je fouillai machinalement mes poches pour prendre mon téléphone. Je ne le trouvai pas. Réfléchis, où l’avais-tu mis ? Je m’étais éclairé avec hier lorsque je cherchais Lola... Lola ! Mince ! Où était-elle ? Avait-elle eu des ennuis ? Était-elle tombée sur eux ? Je devais savoir si elle allait bien, je devais l’appeler. Vite, mon téléphone. Mais où était-il ? Réfléchis, réfléchis. J’étais en train de la chercher...

     Puis, j’ai malheureusement trouvé cette femme de deux mètres... Ensuite, elle s’était ruée sur moi et elle m’avait alors projeté à terre... Je ne tenais plus mon téléphone après ! Il devait donc être là, quelque part, dans l’herbe. Je regardai partout autour de moi. Je le vis enfin ! Il était juste là ! Je me précipitai dessus.

     Minute, s’il était là... ça voulait dire que ... c’était bien ici que ça s’était passé ...

     Je chassai vite cette idée de mon esprit et essayai d’allumer mon téléphone. Il ne marcha pas...

— Allez ! Criai-je sous la panique.

     Je n’arrivais pas à l’allumer, il n’avait plus de batterie. J’avais allumé la lampe torche, et quand je l’avais perdu, elle marchait toujours. La lampe torche avait dû épuiser la batterie pendant la nuit. Super... C’est toujours quand on en a besoin que ça ne fonctionne pas ! Dans tous les cas, il fallait que je retrouve Lola. Comment la trouver dans cette forêt ? C’était impossible ! Surtout qu’il faudrait déjà qu’elle y soit. Oui c’était ça, si elle n’était pas là, où serait-elle ? On devait être en milieu de matinée, parce qu’évidemment, je n’avais pas de montre pour le confirmer. En ignorant notre dispute d’hier soir, elle devrait être en cours. Oui, c’était ça, elle devait sûrement être au lycée.

     Je posai ma main sur ma poche. Mes clefs de voiture étaient toujours là. Je poussai un soupir de soulagement jusqu’à m’interroger sur le chemin pour rentrer.

     Pourtant, je n’avais pas le choix. Et puis, j’avais marché tout droit, enfin c’était ce qui me semblait. Je me mis à courir. Je commençai la course la plus intense de ma vie. Le soleil haut dans le ciel, je voyais parfaitement. Je ne risquais pas de me tordre la cheville. Quoique... Tant pis, j’accélérai. Les arbres défilaient à une vitesse folle. Je priais pour ne pas avoir dévié la veille. Je ne savais pas depuis combien de temps je courais ainsi. Ça me semblait durer une éternité ! Mon cœur allait exploser dans ma poitrine. J’étais en sueur. Mais je continuais à courir tant bien que mal, comme si j’avais le diable aux trousses.

     Je sortis enfin de la forêt. J’arrivai donc sur la route. Ma voiture n’était pas là. Bon sang, j’avais dévié ! Qui ne l’avait pas parié ? En tout cas, c’était la bonne route, du moins, je l’espérais. Mais maintenant... À droite ou à gauche ? J’étais tout haletant, je n’arrivais pas à me concentrer. Je finis par choisir la droite. Je repartis en trottinant. Au bout de quelques centaines de mètres, je fis demi-tour, pris d’un doute inexplicable... J’avais beau avoir une condition physique correcte, j’étais à bout. La route était sans fin. Enfin, je finis par apercevoir ma voiture toujours garée sur le bas-côté. Dans un ultime effort, je terminai ma course. J’étais tellement exténué... Mais je n’avais pas le temps de me reposer. J’ouvris la portière et me mis rapidement au volant. J’allumai le moteur, démarrai et partis en un instant, direction le lycée. Je conduisais vite. J’étais toujours haletant, tout transpirant et probablement encore en état de choc. Nous serons unanimes pour dire que je n’étais pas dans le meilleur état pour prendre le volant. Mais avais-je vraiment le choix ?

     Je regardai l’heure sur le tableau de bord. Je constatai deux choses. Premièrement, j’avais manqué le cours de mathématique. Mais étais-je vraiment à plaindre ? Deuxièmement, à cette heure-ci, Lola devait assister au cours d’histoire. Je priais pour qu’elle y soit.

     Elle était partie à cause de moi, à cause de notre dispute... J’avais mis du temps avant de partir la chercher... J’étais vraiment nul. Le monstre avait très bien pu la trouver. Si je ne m’étais pas aussi mal comporté, elle serait restée dans la voiture. Si j’étais tout de suite parti la chercher, nous serions rapidement rentrés. Par contre, si nous avions rencontré le monstre tous les deux... Nous serions morts... Comment aurais-je pu la protéger ?

     Qu’est-ce que c’était que ce monstre, cette chose ? Tout me paraissait complètement irréaliste ! Et cet homme... Qui était-il ? Malheureusement, la réalité m’arracha dangereusement de mes pensées. J’avais manqué de justesse d’envoyer la voiture dans le décor. Je réfléchirai à tout ceci plus tard. Pour le moment, il fallait que je me concentre pleinement sur la route. Lola, j’espère tellement que tu sois en train de t’ennuyer à ce cours d’histoire, saine et sauve.

     J’arrivai au lycée. Je me garai et sortis vivement de ma voiture. Je m’élançai vers le lycée et rentrai rapidement à l’intérieur. Les couloirs étaient déserts, tout le monde était en cours. Je les traversai le plus vite possible.

— Lola ! criai-je.

     J’arrivai à la porte de la salle de cours. Je la franchis frénétiquement.

— Lola ? ! hurlai-je.

     Une trentaine de paires d’yeux se tournèrent aussitôt vers moi. Elle était là.

     Elle était assise juste là... Elle tenait son stylo et notait tranquillement le cours d’histoire. Elle allait bien.

— Lola, poussai-je soulagé.

— Est-ce que vous nous faites une blague, Steve ?

     La question du prof éclata immédiatement ma bulle.

— Je... Heu... Et bah... Je...

     Je perdis complètement mes mots. Les trente élèves étaient en train de me regarder. Quelques ricanements s’élevèrent. Lola me regardait, les yeux écarquillés.

     Je pouvais y lire toute son incompréhension. Mes amis se moquaient, parce que j’étais là, debout devant tout le monde... Je venais d’entrer dans la classe tout transpirant, tout haletant, tout sale. J’étais complètement paniqué. Je pensais que ma copine s’était faite dévorer par un monstre. Cette prise de conscience me fit me sentir tellement ridicule...

— Allez tout de suite vous asseoir, m’ordonna le professeur.

     Je m’exécutai immédiatement, bien content d’arrêter ce malaise. Il restait une place dans le fond. Je déambulais entre les rangées. Les autres me suivaient d’un regard pesant et moqueur. Je regardais Lola. Elle poussa un soupir qui en disait long. Je finis par m’asseoir. Le cours reprit. Les autres cessèrent enfin de me regarder. Évidemment, je n’avais pas mes affaires. Et ce cours allait être le plus long de ma vie.

     Les images passaient en boucle dans ma tête. Les mains griffues de la femme, sa gueule inhumaine, ses dents tranchantes, les anneaux lumineux de l’inconnu, le serpent de feu... Ces souvenirs étaient complètement irréalistes, je le savais bien. Les monstres n’existent pas et encore moins les serpents de feu. Plus je me repassais la scène, plus je me trouvais ridicule, ridicule d’y avoir cru. La honte devant toute la classe m’avait fait brusquement redescendre sur terre. Tout ceci était une gigantesque plaisanterie. Aussi réaliste que c’était, c’était impossible que ça se soit vraiment passé. Un monstre tiré d’un film d’horreur et un magicien avec une cape ? Quelle blague !

     Mais que s’était-il passé hier soir alors ? Je ne le savais pas... Pour commencer, peut-être que je n’étais pas avec Lola hier soir. Mais comment me serais-je retrouvé dans cette forêt au beau matin ? J’avais peut-être fait une crise de somnambulisme.

     Peut-être que j’avais conduit machinalement jusqu’à la forêt et qu’ensuite... Je n’arrivais pas à me convaincre de ce mensonge. La soirée chez Marc, mon réveil et mon téléphone déchargé retrouvé dans l’herbe étaient les seules choses dont j’étais sûr. Alors reprenons, j’étais dans la voiture avec Lola. On rentrait de chez Marc jusqu’à ce qu’on se dispute à propos de ce stupide jeu. À cet instant, je me garai sur le bas-côté pour crier de plus belle.

     Tout ceci était donc la conséquence d’une crise de jalousie puérile... Bref, je me comportais mal et elle s’aventura dans la forêt, admettons. Ensuite, je partis la chercher.

     Jusqu’ici, mon raisonnement était plausible. Mais maintenant, comment m’étais-je retrouvé allongé par terre, sans mon portable et en pensant avoir vécu un véritable cauchemar ? Mais c’était ça ! Toute cette nuit n’était qu’un cauchemar ! J’avais rêvé de tout ceci ! Certes, c’était un rêve extrêmement réaliste, mais qui n’en restait pas moins un simple rêve. Je m’interrogeais maintenant sur la façon dont j’avais bien pu m’endormir, en pleine forêt, alors que je cherchais Lola. J’avais dû me prendre un coup sur la tête. Oui, ceci était probable. Mais comment m’étais-je cogné alors ?

     À part lorsque le monstre m’avait poussé ? Plus sérieusement, j’étais peut-être tombé à la renverse et m’étais ainsi heurté la tête. Mais je n’y croyais pas trop.

     Était-ce possible de se cogner la tête en tombant ? Sûrement, mais je n’en étais pas convaincu. De plus, le sol était trop sec pour glisser et l’endroit était trop dégagé pour trébucher. Même s’il aurait suffi d’un rien... Mon raisonnement ne tenait pas vraiment la route. Sinon, une branche avait dû tomber. Elle se serait décrochée d’un arbre pour aller heurter mon crâne. Ceci me semblait déjà plus envisageable.

     N’est-ce pas ? Quoique... Serait-ce vraiment plus crédible ?

     Mais poursuivons mon hypothèse jusqu’au bout. J’étais en train de chercher Lola dans la forêt avec ma lampe torche. Quelque chose de non identifié s’était manifesté dans les herbes, certainement un lapin, j’avais pris peur et m’étais enfui.

     À ce même moment, une branche devait être en train tomber et par la plus grande des malchances, elle m’aurait alors percuté. Peut-être que des branches jonchaient le sol à l’endroit où je m’étais réveillé. Je n’avais pas fait attention. Reprenons, suite au choc, je serais tombé sur le dos et me serais ainsi retrouvé dans la même position qu’au réveil. Dans la chute, j’aurais fait tomber mon téléphone. Inconscient, j’aurais alors cauchemardé, influencé par le fait que je cherchais Lola, par notre dispute, par cette forêt angoissante et sûrement par quelques films d’horreur. Au réveil, ce rêve atroce me serait revenu en mémoire et je l’aurais alors cru réel. Oui, c’était possible. À la suite d’un cauchemar, quelques instants sont nécessaires pour prendre conscience que c’était irréel. J’ai dû subir ce phénomène de façon amplifiée.

     Me voilà grandement soulagé. Je pouvais à présent expliquer hier soir. Ce n’était peut-être pas exactement ça, mais ça s’en approchait. Cette version est bien plus crédible que celle avec le monstre et le magicien. J’irai interroger Lola après le cours. J’attendais donc impatiemment qu’il se termine. Après une éternité, la cloche sonna enfin.

     La salle se vida en un éclair. Lola était déjà sortie. Elle ne m’avait pas attendu.

     Elle devait encore être en colère contre moi. Super. Je sortis de la salle de classe pour la rejoindre. Je l’aperçus. Elle était en train de marcher accompagnée ses amies. Ma copine m’ignorait complètement. Je la rattrapai.

— Lola !

     Elle se retourna. Ses copines se retirèrent. Lola me dévisageait. Ses yeux me fusillaient. Elle attendait que je parle, mais je ne savais vraiment pas par où commencer !

— Est-ce que tu vas bien ?

— Est-ce que je vais bien ? Vraiment Steve ? Oh, je ne sais pas si je vais bien.

     Hier soir, tu m’as fait une scène pour rien. Tu m’as insultée. J’ai dû rentrer chez moi à pied. J’ai marché pendant plus de deux heures dans la forêt ! Je n’ai reçu aucune nouvelle. Aucune excuse non plus ! Et maintenant, tu me mets la honte devant tout le monde. Alors est-ce que je vais bien d’après toi, Steve ?

     Tu n’étais tombée sur aucun monstre et tu étais en train de râler à gorge déployée. Tu te portais à merveille ma chère ! Mais j’eus la délicatesse de ne pas le dire à voix haute.

— Et... As-tu remarqué quelque chose d’étrange dans la forêt ?

     Lola me dévisagea quelques secondes avant de comprendre que je voulais vraiment une réponse.

— Non !

     Est-ce que tu étais tombée sur un monstre ou un magicien avec un serpent de feu ? Même si j’avais décidé de considérer la version avec la branche sur la tête comme officielle, cette question me brûlait terriblement les lèvres. Mais il fallait que je m’arrête, sinon elle allait me prendre encore plus pour un fou. Lola allait bien, j’allais bien, c’était le principal. Le cauchemar était fini. Il fallait à présent que je passe à autre chose.

— C’est que... Je me suis inquiété pour toi. Vraiment. Tu ne revenais pas... Du coup je suis allé te chercher dans cette forêt. Et puis... Je m’y suis perdu et j’y ai passé toute la nuit.

     Face à mon aveu, Lola semblait se détendre.

— Si tu t’inquiétais pour moi, il fallait m’envoyer un message ou m’appeler mais pas essayer de me chercher dans cette immense forêt.

     Elle marquait un point. Elle en marquait même dix. Je devais faire une drôle de tête parce qu’elle se mit à ricaner. Elle me jugea de la tête aux pieds.

— C’est vrai que tu es tout sale...

     Sur ces mots, elle me tourna le dos et repartit en ricanant. Je ne lui répondis rien. En même temps, qu’est-ce que je pouvais dire ? Pourquoi ne lui avais-je pas envoyé un message aussi ? Cela m’aurait évité pas mal de choses ! Quel idiot je faisais ! Mais... Une nouvelle chose que je ne comprenais pas... Est-ce qu’on était encore fâché avec Lola ou c’était réglé ? Ah cette Lola !

— Hé ! Steve ! Steve ! Ramène-toi, on va manger !

     Mon ami Yohan m’appelait pour aller à la cantine.

— Oui ! J’arrive ! Je passe juste à ma voiture chercher mes affaires.

     Suite à ces mots, je me retournai et je heurtai brutalement quelqu’un. Cette personne tomba lourdement à terre. C’était Ava, la fille étrange de la classe. Elle était une très bonne élève, blonde avec des lunettes. Mais son côté réservé et sa fâcheuse tendance à ne jamais se mêler aux autres l’empêchaient de s’intégrer.

— Mais bon sang ! Fais attention Ava !

     Je la laissai ainsi et partis vers ma voiture. J’allais sûrement me faire charrier quelques jours pour avoir déboulé en cours comme un fou, mais tout allait bien. Ah cette maudite branche ! Parce que c’était une branche, on est bien d’accord ?

Message de l'auteur en fin de chapitre

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J'ai essayé de planter les bases du décor de l'histoire, tout en essayant de rester captivant. Alors ? Effet réussi ?
 

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